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Puzzle

Dimanche 27 mai 2007 7 27 /05 /2007 15:28

C'est un "début" que j'ai griffoné il y a quelques temps...Mais je le trouve...mauvais...votre avis ?


Un matin comme un autre, Charlotte sortit de chez elle dans le gris brumeux de cette petite ville de province.

"Un matin comme un autre..." se disait-elle, avec une pointe d'amertume.

Elle était entrée dans la police bercée par le côté glamour des séries américaines. Même chez Colombo, petit, tordu, mal rasé et mal sapé, on trouvait du glamour. On trouvait de belles villas, de belles nanas, de belles bagnoles.

Des crimes dans la soie.

Après avoir réussi son concours, elle était tombée dans cette petite ville miteuse où rien ne se passait vraiment.

Une ville industrielle, froide, provinciale et qui n'avait rien de glamour était maintenant son lieu de vie. Elle n'avait là aucunes attaches, hormis ses collègues de travail. Elle n'était pas loin de la dépression, souvent. Elle ne sortait pas, elle n'avait que son travail.

Alors ? Cela vaut-il la peine que je continue ?

CC

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Mercredi 30 mai 2007 3 30 /05 /2007 21:07
Ce matin là, elle s'apprêtait à effectuer un peu de paperasses, comme d'habitude, à régler quelques affaires courantes, des histoires de voitures volées, des rapports à taper, pour des vols ou des pertes de portes-feuilles.

Elle ne s'attendait à rien d'autre, jusqu'à midi, l'heure à laquelle elle irait manger une salade avec son collègue Fabrice, qui arrivait quand même, parfois, à la faire rire en lui racontant ses bourdes...Malgré cette perspective, elle avait sa tête des mauvais jours : avant de partir, elle avait jeté un dernier regard au miroir, mi-inquiet, mi-cynique. Elle allait bientôt avoir trente ans, elle était toujours seule, elle avait de plus en plus de rides au coin des yeux et aujourd'hui, en plus, elle avait des cernes horribles. Elle s'était réveillée trop tard, elle n'avait même pas pris le temps de se maquiller.

Autant dire qu'il n'allait pas falloir la taquiner, ce matin là.

Pourtant, en arrivant au commissariat, elle sentit que les choses n'étaient pas comme d'habitude. Une sorte de tension régnait : dès le comptoir, elle remarqua le regard bouleversé du planton qui recevait les plaintes et les appels de l'accueil.

Elle fila dans le bureau du commissaire, histoire d'être au courant des nouvelles fraîches. Comme tous les matins...mais avec une ombre de soupçon derrière la tête.

Le patron l'accueillit par un grognement d'ours mal léché. Comme d'habitude, mais en pire. Il leva à peine les yeux et balança :

"- Parrot, asseyez-vous. Vous allez avoir besoin d'être assise. Je vous mets sur une grosse affaire. Laissez tomber les bagnoles volées."

Il avait à peine repris son souffle en disant ces quelques phrases saccadées. Charlotte se mit à transpirer. Entre la joie et la trouille, son coeur battait à fond : elle allait avoir quelque chose à se mettre sous la dent, enfin. Il ne faudrait pas qu'elle se plante. Avant même de savoir ce que c'était, elle se faisait des films : enquête résolue, presse, avancement...Des mots qui résonnaient dans sa tête. Quitter ce bled pourri.

Le boss continua :

"- On a retrouvé trois cadavres dans un entrepôt désaffecté de la banlieue nord de la ville. Ce n'est absolument pas beau à voir : la scientifique est sur les lieux depuis trois heures du matin. Il y a du sang partout. Un carnage. En fait, je vous ai dit trois corps, mais on a mis du temps pour avoir cette info : c'était un vrai puzzle. Les macchabées sont méconnaissables, on ne sait pas, pour l'instant, si ce sont des hommes ou des femmes, c'est vous dire..."

Charlotte n'avait pas anticipé le choc. Le patron était tout pâle.

"- Vous y êtes déjà allé, vous ? bredouilla-t-elle.
- Oui. J'ai voulu vous prévenir avant de vous envoyer là-bas. Vous êtes prête ?"

Prête ou pas, il était marrant...Il fallait bien y aller, de toute façon.


CC
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Vendredi 1 juin 2007 5 01 /06 /2007 23:09
anti_bug_fckElle n’avait jamais été vraiment impressionnable. Elle était du genre garçon manqué ou casse-cou quand elle était petite. Du genre à grimper aux arbres, à disséquer les mouches et à assister, béate, aux mises bas des animaux à la ferme.
 
Elle était de la campagne. Elle avait tout vu, elle connaissait tout des secrets de la vie et des choses à 10 ans. Elle pensait vraiment être forte et pouvoir tout affronter. A l’école de police, elle avait été mise à l’épreuve : des visites à la morgue, des stages avec des légistes…Elle était une des seules à ne pas se vomir sur les chaussures…
 
Mais là, malgré tout, elle avait peur.

CC
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Samedi 2 juin 2007 6 02 /06 /2007 23:20
Elle allait se retrouver devant la dislocation, devant la dispersion de l’être humain. Elle allait se trouver confrontée à l’intégrité de son propre corps. Elle faisait parfois le rêve, ou plutôt le cauchemar, qu’elle perdait ses dents. Charlotte se réveillait alors en sueur, persuadée qu’elle n’avait plus de dents, qu’elle n’était plus tout à fait elle-même, plus tout à fait entière.
 
Dans la voiture qu’elle conduisait vers le fameux hangar du crime, elle essaya de penser à ce qu’elle devait faire : être professionnelle. Être sûre d’elle. Le paraître, au moins. Poser des questions efficaces, concises aux techniciens sur place. Se renseigner rapidement, faire le tour des lieux, se mettre dans la peau du tueur, n’avoir aucun a priori, tenter d’imaginer un ou deux scénarios.
 
Elle avait son petit carnet. Le patron se marrait quand il la voyait avec ça : un truc de débutante. Il faut tout avoir dans la tête. C’est la meilleure façon de faire. C’est dans la tête que ce fait l’alchimie.
 
Un truc de débutante. Oui, ça tombait bien, puisqu’elle débutait.
 
Les pneus de sa Clio de service crissèrent sur le parking en gravier du bâtiment en acier. Elle en fit d’abord le tour, à pied, les yeux partout, plus aux aguets qu’un chien de chasse. Elle nota sur son carnet : « Abords à fouiller : herbes hautes, déchets de toutes sortes, carcasse d’une camionnette. Parking en gravier : traces de pneus ? » Elle se doutait bien que la scientifique avait pensé à ces détails, mais elle ne voulait rien manquer.
 
Le hangar n’avait aucune fenêtre. Juste une grande porte coulissante à l’avant et une petite porte qui devait mener aux bureaux. Une enseigne passablement amochée portait l’inscription : « HOST AZ CHAUDRONN RIE » Il manquait des lettres. C’était sans doute Hostiaz, un nom très répandu dans la région. Il faudra aussi se renseigner sur le propriétaire de cette ruine industrielle.
 
Charlotte Parrot décida de rentrer dans le bâtiment par la petite porte. Dans son esprit, les crimes avaient eu lieu dans l’atelier. Elle repoussait inconsciemment le moment où elle tomberait sur le sang et les morceaux de chair éparpillés.  

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Jeudi 14 juin 2007 4 14 /06 /2007 22:48

Pousser la porte. Espérer qu’il n’y aura pas tout de suite les horreurs. Penser aux bagnoles volées. Se dire qu’on est mieux là, au grand air.

 

La porte grince. Au dernier moment, elle ferme les yeux. Finalement, les meurtres pourraient très bien avoir eu lieu dans les bureaux. Le patron avait dit qu’il y en avait partout…Elle se décida enfin.

 

Quand elle rouvrit les yeux, elle se trouvait plantée au milieu d’un ancien bureau crasseux, poussiéreux, délabré. Elle jeta un œil, rapidement. Elle ne cherchait rien encore. Mais elle voulait être attentive à tout. Sur son carnet, elle griffonna rapidement quelques mots. Des papiers traînaient sur le bureau : de vieilles factures et une pub pour un supermarché. Ce qui frappa l’esprit de Charlotte, c’est que ce papier semblait plus récent que le reste. Sans vraiment savoir pourquoi, elle décida de garder ce prospectus en tête. Sur son carnet, elle nota : « Pub papier glacé ? Hypermarché de la zone industrielle des Baraques construit en quelle année ? Chaudronnerie fermée quand ? »

 

Elle se sentait mieux. Plus sûre d’elle. Elle avait l’impression qu’elle assurait et que l’enquête serait du gâteau. Dans la région, on avait rarement des meurtres, quand même…

 

Elle poussa la porte coulissante qui donnait dans l’atelier. Ce qu’elle vit en premier, autour de la mare de sang, ce fut les agents de la police scientifiques, en combinaisons blanches entrain de s’activer pour récolter le plus de preuves possibles. Elle ne comprit pas tout de suite. Il y avait beaucoup de sang. De la chair aussi. Des morceaux de partout, des bouts à peine identifiables, à première vue. Des morceaux de viande, un peu comme dans une boucherie. Pas de membres reconnaissables : pas de pieds, de mains, ou de têtes. Rien qui permettait de s’identifier à ces cadavres. Simplement de la chair.

 

Cette première impression passée, elle réalisa. Elle fit un pas en arrière. Elle sentit son estomac se révolter. Elle résista. Elle respira à fond et pensa à son enquête. Rien qu’à ça.

 

Elle savait déjà, malgré tout son courage que cette scène de crime la poursuivrait longtemps.

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Samedi 23 juin 2007 6 23 /06 /2007 22:49

Thomas, qui dirigeait l’équipe de la section scientifique, se dirigea vers Charlotte. Cet homme était d’ordinaire jovial. C’était un tout jeune diplômé. Il avait eu son concours, fait son stage et avait postulé pour cette ville où il ne se passait rien, d’ordinaire. Il avait postulé ici pour cette raison paradoxale. Il ne voulait surtout pas qu’il se passe quelque chose. Il avait étonné tout le monde. Il était sans doute l’étudiant le plus brillant de sa promo. Des connaissances très pointues, dans des tas de domaines : les voitures, les métaux, les explosifs, les produits chimiques…Il connaissait parfaitement le corps humain, aussi. En théorie, seulement. Parce que c’était là que se situait son problème. Il avait beaucoup de mal à garder son sang froid devant le corps humain, ses humeurs et ses miasmes.

 

Il avait malgré cet énorme défaut, dont personne ne s’était encore vraiment rendu compte au boulot, il savait faire la synthèse de façon rapide et sèche, en général. Les indices étaient énoncés le plus simplement du monde, sans vocabulaire technique, sans charabia scientifique…Concis et clair.

 
Là, il bégaya :
 

« - On a …on a…une scène de crime comme je…comme on n’en voit pas souvent dans le coin. Et pourtant…moi je suis…je suis là…enfin…je…je ne vais pas raconter ma vie…Hein…C’est pas le moment… »

 

Il tenta de se ressaisir. Il se racla la gorge.

 

« - Bon. On a, pour l’instant tenté de compter les corps, en recollant les morceaux, si on peut dire. Je…je ne sais pas ce que j’ai, moi aujourd’hui, mais je dois avoir mangé quelque chose de bizarre…J’ai déjà vomi trois fois et…

- Bon, ok, ça va, me fais pas un dessin ! », coupa Charlotte.

 

C’est vrai qu’il était tout pâle. Elle ne s’en préoccupa vraiment pas, sur le moment. Elle n’était pas dans son assiette non plus et ce n’était pas à cause d’un cassoulet qui lui restait sur l’estomac.

 

« - C’est tout ? »

 

Elle était déçue. Elle avait cru que les experts seraient un peu plus performants.

 

« - On a relevé des traces de pneus dans la cours. On a aussi observé les traces de pas. Sinon, à l’intérieur, bon, ben, tu vois : du sang, des morceaux de chair… »

 

Il eut un haut-le-cœur. Il était quand même très pâle. Charlotte prit pitié :

 

« - Bon. Laisse les gars bosser et rentre chez toi, tu as l’air vraiment mal.

- Non. Je vais tenir le coup. Une enquête comme ça…Putain ! J’aurais pas penser que c’était possible…ici…Putain !

- Eh ben ! Ça te rend bien vulgaire quand même…Un peu de professionnalisme, quand même ! Allez, moi, j’ai d’autres choses à voir. Dès que tu en sais un peu plus tu m’appelles. J’espère qu’on arrivera au moins à identifier les victimes…Courage, collègue ! »

 

Elle s’était efforcée d’être détendue et de plaisanter. Elle avait bien vu que Thomas n’en menait pas large. Pour un légiste, quand même, ça ne le faisait pas.

 

Il fallait maintenant qu’elle téléphone au chef pour savoir comment ça se passait : avait-on eu des appels nous signalant des disparitions ?

 

Le chef lui dit que non. Pas aujourd’hui. Pas de disparitions récentes. Par contre, il avait ressorti des dossiers de personnes disparues depuis longtemps et jamais retrouvées. On ne savait jamais. On aurait des choses à comparer, au cas où on parviendrait à reconnaître les corps. Charlotte expliqua rapidement les maigres choses qu’elle avait notées. Elle donna son ordre de marche : d’abord, se renseigner sur la chaudronnerie abandonnée et sur son propriétaire. Ensuite, elle verrait.

 

Elle avait le feu vert du patron.
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Samedi 30 juin 2007 6 30 /06 /2007 21:48
 

Il était déjà midi, avec tout ça. L’heure d’aller manger une salade avec son pote Fabrice. Enquête ou pas, il y a des rituels qui ne se sacrifient pas !

 

Fab l’attendait comme toujours à la table 3 du Petit Bonheur, le resto où ils avaient l’habitude de se retrouver. Le lundi, c’était une salade paysanne ou au chèvre pour Charlotte, une bavette avec des frites pour son compère. La plupart du temps. Ce jour-là, Charlotte demanda à Fab de ne pas prendre de viande saignante. Il la regarda en riant déjà :

 

« - Ben quoi ?! T’as tes règles ? »

 

Des fois, elle en avait marre de ce copain-là. Il pouvait vraiment être lourdingue.

 

« - T’es con. Je suis pas d’humeur, je te préviens. J’ai un truc qui me tombe dessus, je ne te dis que ça… 

-         Ben quoi ? Raconte…

-         C’es une enquête. En fait, c’est THE enquête. Tiens, ça va te plaire, toi qui est fan de ces séries débiles américaines, là. Comme dans les Experts : du sang partout…Un crime qui semble bien tordu…

-         Génial !

-         Arrête…Je suis pas d’humeur, je te dis. La vie, c’est pas comme à la télé, merde ! »

 

Après ça, comme Charlotte avait haussé un peu le ton, Fabrice avait fait preuve d’un peu plus de tact. Il s’était juste contenté de raconter un peu son week-end. Il n’avait pas fait grand-chose, un peu de vélo, beaucoup de télé. Il était donc un grand fan des séries américaines, il s’identifiait à mort aux personnages caricaturaux de ces téléfilms. Parfois, ça tournait au ridicule, mais il assumait complètement : il s’en faisait même tout un spectacle. Il se mettait à mâchouiller une branche de ses lunettes de soleil, il prenait la pose, une main sur les hanches, campé sur ses jambes écartées et un peu arquées, il faisait une imitation à se tordre d’Horatio Caine, l’espèce de cow-boy débile des Experts Miami.

 

Il faisait beaucoup rire ses collègues, dont Charlotte, mais elle savait mieux que les autres qu’il était en fait un grand tendre, presque encore un adolescent, qu’il était rentré dans la police par conviction, pour défendre la justice et qu’il était quelqu’un de bien.

 

A la fin du repas, Fabrice voulut même payer l’addition pour se faire pardonner ses maladresses.

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Lundi 9 juillet 2007 1 09 /07 /2007 22:39

Elle repassa au bureau pour chercher rapidement l’adresse de ce fameux Hostiaz. Elle se dit qu’avec un peu de chance, il était toujours chaudronnier et donc, dans les pages jaunes.

 

Fabrice l’accompagna. Comme il se traînait sur une mince enquête autour de vol de bouteilles de vin dans les réserves des restos du coin et qu’il n’avançait pas, il se proposa pour l’enquête. Le patron savait que Charlotte était jeune, fragile et qu’elle aurait besoin d’aide. Il accepta immédiatement.

 

Les recherches dans l’annuaire furent aussitôt fructueuses : il y avait bien un Hostiaz, chaudronnier de son état, dans l’autre zone industrielle de la ville.

 

Ils décidèrent de s’y rendre immédiatement. Pas la peine de s’annoncer. Il valait mieux se réserver un effet de surprise. C’est dans ce moment infime qu’il faut être particulièrement attentif : essayer de lire dans les yeux du type s’il s’attendait à avoir de la visite, tenter de décrypter la réaction, voir s’il ment ou pas…

 

En arrivant devant le nouvel atelier de chaudronnerie, les enquêteurs comprirent tout de suite pourquoi l’ancien avait été abandonné. Là, c’était du grand, du moderne, du neuf. Pourtant l’économie locale n’était pas au beau fixe. Partout dans le secteur automobile, ça fermait, ça licenciait, ça restructurait. Ici, une entreprise comme ça travaillait forcément pour l’industrie auto. Il n’y avait que ça, de toute façon. Alors, ce clinquant, cette entrée digne d’une entreprise en communication, cette façade sans doute réalisée par un architecte jeune et ambitieux, d’emblée, c’était louche. Du moins, c’est ce que pensa Fabrice.

 

Charlotte se contenta de noter sur son carnet : « Il a gagné au loto, ce mec ? »

 

A l’accueil, il y avait une secrétaire qui téléphonait. Ce qui frappa immédiatement Charlotte, c’est qu’elle parlait en anglais. Ce n’était pas juste une entreprise locale de chaudronnerie à la botte du gros fabricant de voiturse qui faisait la pluie et le beau temps dans la région.

 

Quand elle eut raccroché, la secrétaire, Hélène, comme l’annonçait son badge, lança son plus beau sourire commercial aux deux agents de la force publique.

 

« - Que puis-je pour vous ? », lança-t-elle dans le joli langage fleuri des réceptionnistes…

«  - Nous voudrions voir M. Hostiaz. »

« - Vous avez un rendez-vous... »

Ce n’était pas une question. Pour voir M. Hostiaz, il fallait avoir un rendez-vous.

 

« - Non. Nous n’aurons pas besoin de ça », coupa Fabrice en dégainant son badge.  

La secrétaire décrocha immédiatement son téléphone pour prévenir son patron. Elle avait perdu son sourire.

 

Charlotte, prise d’un réflexe qu’elle ne pensait pas avoir, se pencha par-dessus le comptoir de l’accueil et, d’un geste de la main, raccrocha le téléphone.

«  - Pas besoin de nous annoncer. Indiquez-nous juste son bureau, s’il vous plait. »

 

Elle tenait à lire dans ses yeux sa réaction.

 

« - C’est au dernier étage : prenez l’ascenseur, c’est à droite en sortant.

  - Ne le prévenez pas », insista Charlotte.

 

Elle n’était pas sûre que la secrétaire obéirait. Après tout, elle n’en avait aucune obligation. Et si elle le faisait, elle se ferait taper sur les doigts ensuite, à coup sûr.

 

Une fois dans l’ascenseur, Fabrice eut un sifflement admiratif :

«  - Punaise, j’aurais pas cru que tu avais autant de…d’autorité !

   - Ouais, bon, ça va…Je veux juste conserver l’effet de surprise. J’espère qu’Hélène n’aura pas cafté… 

 - Ben, tu vois, vu comme tu lui as coupé la chique, ça m’étonnerait… »

 

Fabrice avait raison. Elle frappa à la porte du bureau et attendit à peine la première syllabe de la question « Qu’est-ce que c’est ? » pour rentrer.

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Mardi 10 juillet 2007 2 10 /07 /2007 23:10

Le bureau était lui aussi clinquant et prétentieux. C’est l’impression qu’eut Fabrice en entrant. Le grand bureau en verre, le tableau d’art moderne, les lignes et les couleurs claires, tout tranchait avec l’homme assit derrière l’écran plat : en plus de la grande surprise qui se lisait sur son visage peu avenant, on décelait le regard d’un homme de pouvoir, un entrepreneur sur les pieds duquel il ne fallait pas marcher. Une barbe noire fournie assombrissait cette figure taillée à la hache. Le patron était costaud, trapu…il en imposait.

 

Charlotte ne se démonta pas. En sortant, son badge et en le brandissant sous le nez du chaudronnier, elle attaqua :

 

« - Bonjour M. Hostiaz. Votre entrepôt de la zone industrielle des Baraques est la scène d’un crime. Nous devons vous interroger. »

 

Elle s’arrêta. Elle voulait observer la réaction du client.

 

Il ne sembla pas vraiment surpris. Il ne broncha pas. Il se racla la gorge et poussa un soupir.

 

«  - La zone industrielle des Baraques…Je n’y suis pas retourné depuis deux ans. Depuis qu’on a déménagé. J’ai du travail, là. Si c’est pour venir me dire qu’on a cassé des vitres et qu’on a piqué des tôles, ça ne m’intéresse pas. Pour tout dire, je m’en fous complètement. »

 

Il n’avait rien compris. A priori, il n’était au courant de rien. Ou alors, il jouait bien la comédie…

 

«  - Il ne s’agit pas d’une broutille, reprit Charlotte. On a trois cadavres sur les bras. Et en petit morceaux, en plus. Ça s’est passé chez vous et pour l’instant, soyons franc vous êtes notre seule piste et notre seul suspect. »

 

Elle avait parlé vite, fort et d’une façon qui n’appelait pas de réponse. Le visage de l’homme était successivement passé du blanc au rouge. Il ne comprenait pas ce qui lui tombait dessus.

 

«  - Hé ! Ho ! Doucement, là. Moi, j’ai rien à voir avec ce truc. Putain, merde, vous êtes trop cons ! Bande d’incompétents. Sales flics ! »

 

Fabrice le coupa :

« - Stop, ça suffit. On mène une enquête. N’ajoutez pas les insultes au reste. On n’a qu’une seule piste, on la suit. C’est tout. Maintenant, vous vous calmez et vous répondez à nos questions. D’abord, que faisiez vous hier en fin d’après-midi et dans la soirée ? 

 - Ok. J’ai un alibi, je n’ai rien à voir là-dedans. Hier j’étais ici jusqu’à 19h30 : ma secrétaire confirmera. Et puis je suis rentré chez moi. Vous pourrez demander à ma femme. C’est tout. Je n’ai rien d’autre à ajouter. Maintenant, au revoir.

- Oh la ! Pas si vite, coupa Charlotte. On voudrait quand même en savoir un peu plus sur votre ancien atelier…

- Pffff…On s’en sert plus, de cet atelier. Ça fait deux ans qu’on n’y met plus les pieds : on a changé les objectifs de la boîte, on a explosé littéralement, sur le plan économique. Avant, on bossait dans l’automobile comme tout le monde. Et j’ai eu du flair. Il y a deux ans, j’ai bien vu que ça se cassait la gueule, les bagnoles. Alors j’ai tout misé sur l’aéronautique. Et là, ça a décollé…Ah ! Ah ! Ah ! »

Il avait éclaté d’un gros rire. Une blague qu’il devait ressortir plusieurs fois par semaine…Il avait peut-être le sens des affaires, mais pour le sens de l’humour, c’était pas ça.

Charlotte sourit vaguement, par politesse et répondit qu’elle comprenait mieux. Elle commençait déjà à désespérer. La seule piste qu’ils avaient semblait tout à fait improbable.

Hostiaz paraissait un peu plus détendu, maintenant. Et il dit quelque chose qui remonta un peu le moral des deux enquêteurs :

« - La semaine dernière j’ai eu un contact pour vendre le bâtiment de la zone des Baraques. J’étais super occupé, j’ai laissé tomber, je n’ai pas rappelé…C’est sûrement une coïncidence…mais bon, on sait jamais. Vous pourrez demander à ma secrétaire les coordonnées du type… Bon, cette fois-ci, vous me fichez le camp…J’attends un coup de fil d’Allemagne d’un instant à l’autre. Au revoir. »

C’était sans appel. Charlotte et Fabrice sortirent sans protester.

Ils n’étaient pas satisfaits de leur prestation. Mais ils avaient quand même un espoir, grâce aux derniers mots du chef d’entreprise.

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Dimanche 22 juillet 2007 7 22 /07 /2007 12:06

« - On n’a pas eu le dessus, c’est le moins qu’on puisse dire. », chuchota Fabrice dans l’ascenseur.

Ils avaient demandé à la secrétaire les coordonnées du mystérieux acheteur. Ils n’avaient pour l’instant que ce fil à tirer. C’était maigre : à supposer que le meurtrier avait un minimum de jugeotte, il n’avait certainement pas semé un si gros indice. Restait à savoir si on avait à faire à un meurtrier rusé.

Charlotte sortit son portable et appela Thomas, histoire de savoir où en étaient les recherches sur le terrain : en résumé, l’équipe de scientifiques s’arrachait les cheveux. Il n’y avait, à première vue aucune manière d’identifier les corps : ni têtes, ni mains, ni pieds. Il allait falloir utiliser d’autres moyens, plus coûteux, autant en argent qu’en temps. Recherche d’éventuelles cicatrices, fractures, signes distinctifs sur les corps. Et puis l’ADN, évidemment. Mais les bases de données allaient être d’un maigre secours, pour ces victimes, sans doute…

Charlotte remercia quand même Thomas et lui demanda s’il allait mieux. Il lui répondit que depuis qu’il était rentré dans son labo, tout allait bien…Charlotte ironisa :

« - Tu n’es bien que dans ton labo, de toute façon !

 - Oui, c’est sûrement ça...Je suis scientifique, voilà…Le terrain, j’aime pas trop ça…», répondit-il, un peu penaud.

Après avoir raccroché, Charlotte et Fabrice rentrèrent au bureau pour faire le point avec le patron.

Faire le point, avec les maigres infos qu’ils avaient, ça risquaient d’aller vite. Mais il fallait absolument qu’ils commencent à se poser les bonnes questions. Au premier soir de ce début d’enquête, il fallait tenter de ne pas prendre le mauvais chemin : se débrouiller pour ne pas avoir d’idées préconçues et impulser les recherches dans le bon sens…

« - Résumez-moi votre journée, Charlotte, lança le patron. Sortez votre carnet, n’oubliez rien, soyez la plus claire possible.

 - Bon…Je vais tenter…Alors, ce matin, je me suis rendue sur le lieu du crime : un hangar désaffecté de la zone industrielle des Baraques. J’en ai fait le tour, j’ai noté qu’il était éloigné de toute habitation, que la nuit, le lieu était désert. On n’a peu de chance de recueillir des témoignages…Le bâtiment possède deux entrées : une petite porte qui ouvre sur les bureaux qui sont vides. On ne sait pas si le meurtrier est passé par là. J’ai noté qu’il y avait pas mal de papiers, du courrier, des prospectus…Mais les vitres sont cassées, il est facile de rentrer et n’importe qui a pu passer par là…Et comme nous n’avons pour l’instant relevé aucune empruntes sur le lieu du crime, nous ne sommes sûrs de rien. Ensuite, je suis rentrée dans l’ancien atelier de chaudronnerie : une vraie boucherie, du sang partout…L’assassin semble avoir volontairement éparpiller les corps, après les avoir découpés en petits morceaux. L’équipe scientifique n’a pas retrouvé de quoi identifier les cadavres. Les données seront déjà un peu plus précises demain : nous saurons si les victimes sont des hommes ou des femmes. De ce côté-là, il faut attendre. Ensuite, nous avons suivi la piste du propriétaire du bâtiment, avec Fabrice. Tu veux prendre le relais, d’ailleurs ? »

Le patron écoutait, absorbé dans ses pensées, Fabrice accepta d’un hochement de tête, ferma les yeux un instant, se concentra silencieusement et se lança.

« - Hostiaz n’est pas un chaudronnier tel qu’on se l’imagine dans la région : il ne bosse pas pour l’industrie automobile. Ce qui explique qu’il a fermé son ancien hangar – celui du crime – pour ouvrir une nouvelle usine, bien plus grande et bien plus moderne que la première. Il nous a expliqué qu’il bossait pour l’aéronautique et qu’il faisait fortune. Bien sûr, c’est à vérifier. L’homme nous a paru plutôt bourru. Pas facile d’accès…On a dû faire preuve d’autorité pour en savoir un peu plus. Il nous a paru surpris quand on lui a appris ce qui s’est passé…Il a un alibi pour hier soir, on vient de confirmer. On craint un peu que cette piste soit sans issue. Mais il nous a quand même dit quelque chose qui a retenu un peu notre attention… »

Le chef leva un sourcil. Fabrice faisait durer le plaisir…Enfin, si on veut ! A force de faire durer, pour si peu, on allait s’endormir…

« - Quelqu’un l’a contacté la semaine dernière pour acheter le hangar désaffecté : on a récupéré ses coordonnées. Il s’agit d’un dénommé Paul Lemaître. On va donc aller creuser cette piste-là, dès demain. 
 - Bien, conclut le chef. On a quelque chose d’énorme sur les bras. Dans la région, on n’a jamais vu ça. Alors il va falloir être bons. Sur le pont demain matin, dès six heures. »

Quand Charlotte sortit du boulot, il faisait déjà nuit et en plus il pleuvait. Elle repensa au matin. Elle s’était dit que c’était un matin comme un autre. Heureusement qu’elle n’était pas voyante. Elle aurait tout faux…

 

En rentrant, elle alluma la télé, son ordinateur et se mit un plat tout prêt dans le micro-onde. Il paraît que les célibataires ont plus de maladies cardio-vasculaires, parce qu’ils mangent mal. Et les flics célibataires cumulaient tellement que la mortalité devait battre des records...

A la télé, chaque soir, il y avait forcément une chaîne qui passait une série policière. Ce soir n’échappait pas à la règle : Julie Lescaut sur la une. Pour se changer les idées, ce n’est pas le pied. Il n’y avait bien que Fabrice pour aimer ça, dans la police. Charlotte se demandait parfois si les médecins regardaient Urgences, si les profs regardaient L’Instit et si le maire de New-York regardait Spin City. Est-ce la fiction qui rejoint la réalité, ou le contraire ?

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Par CC - Publié dans : Puzzle - Communauté : L'écriture dans tous ses états
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Il va sans dire (c'est mieux en le disant) que les mots mis dans la bouche de Notre Président ne sont que fiction inventée par mes soins dans le but anodin de vous faire sourire !!

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