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Bouts d'écrits II (Terra)

Mardi 27 mars 2007 2 27 /03 /2007 17:17

                                                              I

Ben oui, faudra bien que je me décide à aller le voir, le toubib. Ça fait trop longtemps que ça dure ces plaques, ces nausées, ces démangeaisons...Bien sûr que je pense au cancer. Il y en a déjà eu tellement, dans le coin.

Y'a eu Georgette Poichat. Elle n'était pourtant pas bien vieille. A peine la soixantaine...Et puis elle n'avait pas vraiment forcé dans la vie. Pourtant, en trois mois, la maladie l'a emportée. Elle ne fumait pas, elle buvait normalement, pas plus que n'importe qui...Un verre de rouge avec le fromage...

Y'a eu le Pierre aussi. Lui, il se roulait son tabac brun, mais sa clope pouvait bien lui faire la matinée. Toujours à la rallumer et à laisser traîner ses mégots partout : quand il devait faire quelque chose, atteler une charrue par exemple, il laissait son vieux mégot sur le timon du tracteur...Non, il ne fumait pas beaucoup, quand même. Et pourtant, il n'aura pas bien profité de sa retraite. Il n'était pas vieux non plus. Soixante-cinq ans, à tout casser. Cancer du poumon. Il a traîné un peu avec une bouteille à oxygène derrière lui...Et il a cassé sa pipe.

Et puis y'a des cas plus graves encore. Plus inquiétants. Des filles jeunes et en pleine forme. Des filles dynamiques, qui avaient fait des études, qui faisaient du sport, qui allait en montagne, au ski l'hiver, faire un peu de randonnée en été...Et pourtant, elles aussi elles s'étaient faite prendre par le crabe. Elles résistaient mieux bien sûr, parce qu'elles étaient jeunes...Elles se traînaient de chimio en chimio, d'opération en opération...Elles perdaient leur cheveux. On les voyait dépérir. C'est tellement triste une belle fille qui dépérit. C'est ça qui me fend le cœur. C'est des filles de ma génération. On est allés au collège ensemble. Moi, j'ai 33 ans. Ces filles-là, elles n'ont pas la trentaine.

Il y a de quoi être inquiet, quand même.

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Mardi 24 avril 2007 2 24 /04 /2007 14:57

II

Moi, je suis agriculteur. J’ai de la chance parce que je fais partie d’un gros GAEC, un groupement d’agriculteurs, ce qui me permet d’avoir une vie normale. Du moins, j’ai des week-ends et des vacances. Pas seize semaines, comme les profs, non, bien sûr. Mais quand même trois semaines par an. Et deux week-ends sur trois. Pas pire qu’un médecin ou qu’une infirmière. Et puis je travaille dans la nature, en plein air, dans un coin magnifique de Savoie.

Du vert et du bleu. Et puis des bois, aussi : des lacs, des terres fertiles et de la forêt renommée pour ses champignons. En automne on voit des voitures qui viennent de partout. Les propriétaires de ces bois ne sont pas très pénibles ; En fait, la plupart ne savent même pas qu’ils ont des bois dans la région. Ou du moins, ils ne savent pas exactement où et ils vivent bien loin, à la ville…

C’est un coin paradisiaque. Tellement beau, même, que c’en est un peu exagéré : en une journée ensoleillée d’automne, on peut faire des vendanges et boire du vin doux, tout juste pressé, cueillir des champignons pour faire une omelette le soir, en profiter pour ramasser des châtaignes bien sûr (d’ailleurs, avec le vin bourru, c’est un délice, les châtaignes) et puis, s’il nous reste un peu de courage, on peut aller se balader sur le lac en bateau. En automne, c’est un écrin de couleurs fauves pour une perle bleue profonde. C’est encore un peu de la chaleur de l’été. C’est un paysage qu’il me faut à chaque fois réapprendre à observer, à aimer. A force de vivre avec la beauté, on la perd de vue. C’est bien parfois, de prendre le temps de flâner, pourtant.

C’est le rêve de vivre dans un cadre pareil. Ce qui fait qu’il y a même des mauvaises langues pour dire que je suis en vacances toute l’année, moi…Ce sont des citadins qui ont des maisons secondaires dans le village et qui viennent juste les week-ends. C’est vrai que le reste du temps, eux, ils ne voient la nature qu’en poster dans leur usine…

En vacances toute l’année, il ne faut pas exagérer, quand même. Certes il y a de bons côtés. Mais il ne faut pas oublier tout le reste. A trente trois ans, je suis toujours célibataire. C’était pas faute de sortir, de rencontrer des filles, mais agriculteur, il paraît que ce n’est pas sexy.

Je suis loin d’être vilain, pourtant, à ce qu’on dit. Costaud en plus et pas complètement idiot. Je suis fils d’agriculteur et j’ai une vraie culture paysanne, mais j’ai un diplôme d’ingénieur agronome. C’est indispensable de nos jours de faire des études pour être paysan. Ça paraît toujours invraisemblable aux gens. On voit des reportages hallucinants là-dessus au 13 heures de TF1 : des agriculteurs devant un ordinateur dernier cri, connectés à Internet, dans des bureaux équipés de fax, de scanner et de photocopieuse. Et le journaliste qui s’étonne, nostalgique « Il est bien loin le temps où nos grands-parents tirait le lait des vaches à la main et à la sueur de leur front… »

Quelles conneries on est capable de faire gober aux gars de la ville, c’est dingue. Moi, je sais bien qu’il vaut mieux savoir lire, écrire et compter pour remplir le dossier de la PAC, pour faire les déclarations des veaux par Internet et remplir les formulaires pour la MSA, pour serrer la pince au Préfet ou bien pour conduire les tracteurs de plus en plus bourrés d’électronique. Faut pas être la moitié d’un imbécile pour que ça tourne.

CC

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Vendredi 4 mai 2007 5 04 /05 /2007 08:11
    Chapitre 3
Ce matin de novembre où il n’y a pas grand-chose à faire à la ferme, je me suis enfin décidé à aller chez le médecin,
Mes démangeaisons se sont un peu calmées avec l’hiver, mais j’ai toujours des nausées le matin.
« - Un peu comme une femme enceinte » a plaisanté le médecin.
Ça ne m’a pas tellement fait rire :
« - Non, je prends la pilule, ai-je répondu, sur un ton qui n’appelait pas de réponse. Je m’inquiète drôlement. Je manque d’appétit, pourtant, j’ai un métier physique. Normalement, ça creuse. Mais là, depuis quelques temps, je me sens vraiment patraque.
- Bon, vous faites sans doute une mauvaise réaction à la pilule, a tenté le docteur, avec un demi-sourire. 
Devant ma mine agacée, il s’est raclé la gorge et a repris plus sérieusement.
- D’accord. Ce n’est pas normal, en effet. Je vais vous faire faire une prise de sang. Et puis nous verrons. Vous êtes sans doute très fatigué, en ce moment…Beaucoup de travail, à la ferme ?
- Non, à partir de fin octobre, c’est quand même plus tranquille…À part les animaux, le matin et le soir, on ne force pas trop.
- Bon, dans ce cas, faites-vous remplacer. Je vous mets une semaine d’arrêt. Histoire de vérifier votre santé générale. On va prendre un rendez-vous à l’hôpital, avec un cardiologue. Il va vous faire faire des tests d’effort et un check-up général. On ne sait jamais. Reposez-vous, vous en avez besoin. »
CC
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Lundi 7 mai 2007 1 07 /05 /2007 22:39
Chapitre 4
Je ne suis pas sorti rassuré de chez le médecin, bien au contraire. Je ne lui ai même pas parlé de mes inquiétudes au sujet du cancer. D’abord, ce médecin n’est pas à la hauteur et puis ces gens-là ont des certitudes que je n’ose pas remettre en question. Ils ont fait des études pour ce job…Et après tout, je n’aimerais pas qu’ils viennent me conseiller sur le choix de mes semis ou sur l’alimentation de mon bétail.
Mais une semaine d’arrêt me ferait sans doute du bien. Même si je culpabilisais drôlement. C’est idiot, mais je  n’ai pas l’habitude de me plaindre au moindre bobo. Alors avoir une semaine de congés parce que j’avais des nausées, ça ne me mettait pas à l’aise vis-à-vis de mes collègues. Je savais bien que dans le fond, je n’allais pas rien faire du tout. J’en profiterais pour mettre à jour la paperasse.
Peut-être aussi que je tenterais de me renseigner sur ces cancers. Je me suis mis dans la tête de mener ma petite enquête. Après tout, ça ne semble gêner que moi, cette demi douzaine de cas dans un périmètre de dix kilomètres carrés. Je vire peut-être parano ou hypocondriaque, mais j’ai besoin d’en savoir plus.
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Mardi 8 mai 2007 2 08 /05 /2007 18:10
Chapitre 5

La visite chez le cardiologue n’a pas été convaincante : il n’a rien trouvé. Rythme cardiaque idéal, a-t-il dit. Tout de suite ou presque, il a remarqué que je ne fumais pas et que je faisais beaucoup d’exercice. Après m’avoir félicité pour ma conduite exemplaire, il m’a demandé pourquoi j’étais là, au juste.

Je lui ai expliqué mes nausées et mes démangeaisons, mes plaques rouges…

Il a pris un air grave et un ton que j’ai senti un peu sarcastique pour me faire comprendre que mon médecin traitant n’était pas bien malin et qu’il aurait pu m’envoyer chez un stomatologue pour mes nausées et chez un dermato pour ma peau…Qu’un cardiologue n’y pourrait pas grand-chose, de toute évidence.

Avec la nouvelle disposition sur le médecin traitant, il fallait que je retourne pourtant le voir, ce fichu médecin de famille qui suivait déjà ma mère, ma grand-mère et mon arrière-grand-mère. Je sais bien qu’il n’est pas le meilleur médecin du monde. Loin de là. Mais à la campagne, il faut souvent se contenter du médecin qui est le moins loin. A la ronde, c’est le plus près et le plus disponible, aussi. Il est tout le temps là quand on a besoin de lui. C’est une qualité admirable. Mais plus un jeune ne veut venir s’installer dans les coins de campagne trop reculés. C’est idiot parce que ces vieux médecins de campagne gagnent largement de quoi se payer des vacances aux Bahamas tous les ans...

Bref, il a fallu que j’y retourne, chez ce vieux grip’sous. Il a encore fait des plaisanteries idiotes et m’a demandé quand est-ce que j’allais me marier. Je sens bien qu’il ne me prend pas au sérieux. Il doit penser que si j’avais une femme pour me faire la cuisine, je mangerais mieux et qu’ainsi, je n’aurais pas de nausées. C’est vraiment ridicule, parce que la plupart du temps, le midi, je mange chez mes parents qui habitent tout près de l’exploitation. Ma mère fait la cuisine à merveille et utilise tous les produits de la ferme et du jardin. Des légumes et de la viande toujours de la plus grande fraîcheur. Elle tente le plus possible de cuisiner sans gras.

Et puis dans la famille, on cultive le goût, en quelque sorte. La bonne bouffe. Pas de Mac Do, chez nous. C’est même un peu un cheval de bataille de mes parents, le bien manger ! Alors ce n’est pas le soir chez moi que je vais me mettre à me faire des plats tout prêts au micro-onde. Il est vrai que je mange sans doute un peu plus gras que chez ma mère. Des œufs sur le plat, des sardines, un peu de charcuterie et des tomates, de la salade, du fromage et des fruits…

De temps en temps, aussi, il y a l’apéro avec des copains. Là, j’avoue que je bois un Ricard ou deux…Ou trois…Mais bon, j’ai trente trois ans, je suis en bonne forme apparemment, je ne vais pas me mettre à vivre comme un moine : j’aurais encore bien moins de chance de trouver une copine !

CC

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Dimanche 13 mai 2007 7 13 /05 /2007 22:33
Chapitre 6
 

A peine sortie de chez le docteur, je suis allé voir la veuve de Pierre. C’est une brave femme. Elle regrette de n’avoir pas plus profité de son mari tant qu’il était encore là…Ça m’a fait de la peine de la voir seule, comme un âme en peine. Elle m’a payé le café et on a discuté. Moi, je suis venu pour tenter d’en savoir plus sur la maladie de Pierre. Je ne voulais pas de détails sordides. Juste des explications précises. Evidemment, je ne lui ai pas présenté mon affaire comme ça. Je lui ai juste demandé quel médecin le suivait, dans quel service il était, à l’hôpital, les derniers temps. L’air de rien. Et ce que je voulais savoir est venu naturellement. 

« - Il était suivi au service de cancérologie, bien sûr.  Le médecin était bien. Très prévenant, toujours un mot gentil, un sourire. Très simple et très accessible. Le docteur Guichard. Evidemment tout au début de sa maladie, il était en pneumologie, parce qu’il faisait bronchite sur bronchite et qu’il n’arrivait pas à guérir. Il a même arrêté de fumer, tu te rends compte. Il aimait pourtant bien se rouler ses cigarettes…Pas beaucoup, hein, une ou deux par jour, en allant à la chasse ou aux champignons. Je sais bien que c’est comme ça, qu’on y peut rien, qu’il y a des gens qui fument comme des pompiers et qui meurent de leur belle mort à 80 ans. Mais Pierre, lui, il fumait presque pas et il est mort d’un cancer généralisé à 64 ans. Les poumons ont été touchés, bien sûr, mais pas que ça. C’était aussi l’estomac, les intestins…Enfin bref, des métastases partout. Un vrai carnage. Dans le fond, on ne sait pas d’où ça vient, cette maladie. C’est peut-être qu’un manque de chance. Ou alors, c’est une malédiction. Pourtant, moi, j’ai prié pour lui…Enfin, tu sais bien, mon Etienne… »

Une malédiction. Quand je suis sorti de chez cette femme désespérée, je me suis dit que si on se mettait à mélanger la religion à tout ça, on ne s’en sortirait pas… Mais c’est dans les mœurs de cette pauvre femme après tout. Je ne vais pas lui reprocher d’espérer et de croire…

 

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Samedi 26 mai 2007 6 26 /05 /2007 14:58
[Test lecteurs attentifs...]

Chapitre 7
                       

Souvent, mon grand-père me ressasse de vieilles histoires de famille qui ont maintenant plus de deux siècles. Je pense que les caractères se forgent de génération en génération, que les choses sont en nous, depuis toujours. En est-il de même pour le cancer ? Est-ce une maladie génétique ?

Pour le caractère, en tout cas, je sais d’où je viens. Une famille de travailleurs de la terre, d’acharnés au boulot qui firent tout pour se faire des jours meilleurs. Ou au moins pour faire des jours meilleurs à leurs enfants.

Ça, c’est du côté de mon père. Du côté de ma mère, ces vieilles histoires d’un autre temps sont celles d’une famille déchue. Un vieil oncle fut capitaine dans la coloniale. Il avait fait l’Algérie, le Tonkin et l’Indochine. Il était revenu médaillé de la légion d’honneur, blessé de guerre, riche et syphilitique. 

Le fait qu’il fut syphilitique m’avait marqué. La maladie, déjà marquait la famille de son sceau.

Revenu d’Indochine, où il avait abandonné une femme et un enfant, il avait fait construire une nouvelle maison, il l’avait meublée et avait repris en main les affaires de sa famille qui allaient en dépérissant depuis que ses membres s’étaient battus pour de sordides histoires d’héritages. On en était venu aux mains parce que la Louise, matriarche à la poigne de fer, n’avait rien donné aux filles. Alors depuis on ne s’aimait plus, on se cherchait des crasses, on se tirait dessus à coup de fusil. Et l’Oncle du bout du monde était venu pour réparer les querelles de gros sous : il en apportait pas mal et il en donnait à tout le monde pour qu’on en parle plus. Ses frères et sœurs étaient alors un peu ses valets et il jouait à merveille le rôle du seigneur. Sa blessure et sa maladie l’empêchaient de travailler trop et il donnait les ordres avec talent. Il s’occupait des affaires communales en dissident, pariant à chaque fois qu’il ne serait pas élu, faisant partie de la droite bien pensante, anti-dreyfusard, habitant une commune de paysans rouges et analphabètes. Des rustres… 

Deux familles, deux histoires bien différentes, deux patrimoines à la fois historique et génétique. Des cancers, dans tout ça ? Pas à ma connaissance. Mais souvent, alors, on nommait vieillesse, usure du temps ou gâtisme, toutes les maladies que les gens développaient quand la soixantaine était passée.

La science a fait le progrès de nommer les choses. La désignation rend-elle plus simple la maladie pour ceux qui la vivent ? Je suis convaincu que oui : j’ai un autre voisin qui souffre d’une maladie dont aucun médecin, ni aucun examen n’a pu découvrir le pourquoi du comment…Ce voisin est résigné à vivre dans l’ignorance totale de l’avenir : est-il à l’article de la mort, cette maladie est-elle curable ou bien simplement psychologique ou au contraire, s’étend-elle, pareille que le cancer, comme une pieuvre invincible ? C’est un enfer de ne pas savoir. Mais savoir et ne rien pouvoir faire est aussi difficile…

Parmi mes ancêtres, il n’y avait pas que des syphilitiques. Il y avait aussi un destin tragique. Un autre grand oncle, génie horloger, avait fabriqué une fabuleuse pendule, véritable œuvre d’art, présentant à chaque heure une figurine différente, une scène de la vie campagnarde, sortant tel le diable d’une boîte, en même temps que les tintements harmonieux des diverses cloches sonnant les moments de la journée…C’était une œuvre minutieuse, une œuvre de grande patience. C’était l’œuvre d’une vie, la passion d’une vie. Il ne pensait qu’à ça, il ne parlait que de ça, il ne voyait sa vie que par rapport aux heures sonnées régulièrement par son horloge géniale…Pour orner la caisse de ce petit bijou, il avait imaginé une scène de ménage sculptée qui éclatait perpétuellement au rythme des secondes…

Quand il eut parfait son invention, mon oncle, convaincu de son succès futur, s’en alla à la ville pour y exposer son enfant. C’est alors que toute la bassesse de l’être humain, à laquelle il avait échappé soigneusement alors qu’il confectionnait son invention, lui apparut, d’un seul coup.  

Un escroc voulut bien entendu lui racheter son concept, pour une somme dérisoire et bien sûr sans aucun droit de regard sur le devenir de sa machine…

L’oncle revint chez lui furieux et brisa son engin à coup de massue…

Il tomba alors en dépression, vidé de tout ce qui faisait sa vie…

Il se suicida à 34 ans.

Ce drame, quand on me le raconta, provoqua un choc terrible…Le travail bien fait, cet amour de la perfection détruit en si peu de temps cela me semble le plus terrible des sacrifices. J’avais ressenti exactement la même chose le jour où ma mère, lorsque j’étais entrée en classe de sixième, m’avait soigneusement tracé mon emploi du temps, de la façon la plus appliquée, remplie d’un amour maternel sans borne, comme il se doit…Je l’avais regardé faire avec une grande admiration. Le lendemain matin, notre professeur principale nous apprenait un remaniement total de cet emploi du temps…Le travail de ma maman était donc caduc. Je crois même que j’en avais pleuré de rage.

Les deux événements n’ont pas grand chose de comparables, certes. Mais je les associe, car avec la distance, je me souviens qu’ils ont réveillé en moi le même sentiment d’injustice.

L’injustice que peut provoquer la mort est la même. Et je crois que je trouve là une motivation pour essayer de comprendre pourquoi le cancer frappe autant autour de moi.

CC
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