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Bouts d'écrits I (Vanités)

Dimanche 15 avril 2007
AVERTISSEMENT : Alors...Vanités, c'est mon plus grand bout d'écrits commencé mais jamais fini...Du grand n'importe quoi, avec des vrais morceaux de fruits dedans...Bonne lecture...ou pas !

                                                    « La vulgarité prise dans le ruisseau »

                                                                       Jules Barbeyd’Aurevilly.

CHAPITRE I

La mort m’a surprise. C’est quelque chose de banal. La mort surprend toujours. On ne peut guère s’y attendre, on ne peut pas lever le nez et dire « Attention ! Elle approche, vous l’entendez ? Dans quelques secondes, quinze, pour être plus précise, elle va me prendre ! Adieu ! »

D’ailleurs, s’en aller ainsi, d’un air badin, serein et presque joueur, manquerait considérablement de piquant.

Donc, moi, comme tout le monde, la mort m’a saisi quand je ne m’y attendais pas et même, cela vous semblera peut-être suspect, elle m’a prise lorsque je ne m’y attendais plus. Passé un certain âge, on se croit  indéboulonnable et j’avais passé cet âge là depuis pas mal de temps. La vie m’avait fait pas mal de frayeurs, elle ne m’avait pas épargnée, elle avait emporté autour de moi les plus solides et les plus chers. Je croyais vraiment que la mort m’avait oubliée là, comme on oublie parfois une valise sur un quai de gare… Mais les démineurs ne sont jamais loin pour réparer ce genre d’oublis…

Mes démineurs furent assez étranges. Ils étaient en moi depuis si longtemps que j’avais fini par les oublier eux-aussi !

Quelques vieux souvenirs, quelques vieilles histoires de vieilles personnes…

A l’époque de mes vingt ans je pensais bien plus à la mort que maintenant… C’est étonnant la vie : on dirait qu’elle s’efforce de n’être jamais synchrone avec les êtres. Quand on va bien les catastrophes s’enchaînent autour de vous, quand vous allez mal, vous avez pourtant tout pour être heureux…A vingt ans on rêve de toutes les audaces mais il nous manque toujours l’impertinence et quand on est vieux, que l’on oserait, on ne le peut plus, physiquement.

Moi, tout à la fin, je ne voulais plus rien, enfin. Rien ne pouvait plus m’arriver, car j’étais enfin seule au monde, sans la moindre personne pour qui pleurer. Le monde extérieur ne m’intéressait plus : je ne connaissais que trop toutes les horreurs dont les hommes étaient capables. J’aurais pu vivre mille ans encore dans une indifférence totale, ne me souciant que de la température précise de l’eau de mon bain ou de la belle qualité des pommes que je trouvais sur le marché où je me promenais, comme dans la vie, en épicurienne. La vie enrageait de ne plus pouvoir exercer sur moi son terrible sadisme. 

C’est alors qu’apparut dans mon existence tranquille, la mort, déguisée car elle est rusée, en souvenir.    

Je n’ai jamais été une enfant sûre d’elle : jamais je n’ai eu cette allure fière de certaines fillettes que l’on voit sur les films super huit de leur père, bombant le torse et jouant avec le chien, offrant à l’écran des regards fiers…J’ai toujours été en retrait de tout, timide, disait-on ; je dirais plutôt ailleurs. L’agitation m’a toujours fatiguée. Les autres enfants m’ennuyaient et d’ailleurs je les ennuyais aussi : quand je voulais me mêler à eux, nos occupations n’étaient pas les mêmes et nous ne nous comprenions pas. Le jeu que je préférais, c’était « dormir ». Les autres trouvaient cela fatiguant. Moi j’en profitais pour n’avoir rien à dire, rien à faire. Le corps est si limité par rapport à l’infini des possibilités offertes par l’esprit : je ferme les yeux et je suis à l’autre bout du monde, je vole et je fais voler les gens, je fais du patin à glace, bien mieux que Soria Bonali, mes costumes sont bien plus féeriques encore que les siens et puis quand je me lasse de virevolter sur la glace, je vais au sommet de l’Himalaya, sur une plage de sable blanc ou encore je suis une star de la chanson…  

Cette époque, c’était le paradis, et en matière de paradis je sais de quoi je parle. J’y suis. Car n’oubliez pas, chère lectrice, cher liseur, que je suis morte. Ce manuscrit est un témoignage posthume. La vie vue de la mort. Le point de vue, croyez-moi, est tout différent de ce que vous pouvez imaginer, d’en bas.

On voit tout en perspective. C’est comme un roman que l’on peut relire plusieurs fois. Je relis toujours les mêmes passages. Le paradis de l’enfance, les premiers émois amoureux, quand on croit que l’on aimera pour toute sa vie et la tranquillité de la fin, quand on attend la mort, sans croire à sa venue. 

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Lundi 16 avril 2007
CHAPITRE II
            L’homme qui présidait la séance était un peu grincheux. C’était le professeur Degroindeux. Il ne supportait pas la moindre allusion sexuelle, la moindre immoralité. Il tournait alors les yeux vers le ciel, il remuait la tête en soupirant. Ce triste personnage avait de quoi soupirer : l’intervenant venait tout spécialement d’Atlantic City pour parler de la littérature érotique féminine de la fin du XXème siècle. Il était question de saphisme, de sexualité collective, de zoophilie et de toutes sortes de choses qui effaraient notre bonhomme. Il était royaliste, haïssait la Révolution Française et le marxisme…bref il s’agissait d’un vieux réactionnaire que l’organisateur du colloque, Charles Marie avait nommé président de séance de ce colloque en guise de vengeance personnelle : le royaliste était alors obligé de passer la parole à ses chers collègues qui nous avaient fait l’honneur d’être parmi nous… Il en attrapait de l’eczéma ! Et l’organisateur jubilait ! Une blague de potache ! Dans dix ans on en parlerait encore ! Les universitaires sont taquins !
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Mardi 17 avril 2007
CHAPITRE III
Une fois rentré chez lui, le vieux prof revêche buvait un thé et lisait son courrier. Il vivait seul, depuis qu’il avait quitté les bancs de la fac pour passer sur ses estrades. Il avait habité d’abord chez ses parents et puis avec des amis, en collocation, de dix-neuf ans à vingt-trois ans. Enfin, en donnant ses premiers cours, il avait eu les moyens d’avoir son propre appartement. Depuis, il avait perdu de vue ses quelques copains de fac, il s’était enfermé dans ses habitudes et dans ses recherches, ne supportait les autres que dans les relations de travail et dans les nécessaires mondanités du milieu. Il savait bien que ses collègues se moquaient de lui, de son inélégance, de son physique ingrat et de ses idées monarchistes, mais il était respecté pour ses travaux et ses nombreuses publications. Il n’attachait aucune importance à la couleur de ses cravates et ne cherchait à séduire, physiquement, ni les hommes, ni les femmes. Personne ne lui demandait jamais, mais il se définissait volontiers comme « un pur intellect, un cerveau, dénué de corps… ». L’homme soliloquait souvent, solitaire, célibataire, devant l’écran insipide de la télévision qu’il exécrait. Il en avait une cependant, n’ayant guère d’autres divertissements. Il ne s’autorisait que certains documentaires et certaines émissions littéraires, bien que détestant ce « critique raté qui s’agitait pour vendre les livres des autres ». C’est ainsi qu’il parlait de Pivot. Il faisait une exception pour les émissions de Drucker, car il considérait ce « jeune homme, fort convenable ».
Cette attitude étrange lui venait de loin. Il vivait en schizophrène misanthrope et il vivait bien ainsi.

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Mercredi 18 avril 2007
 CHAPITRE IV
Mais de quoi, Charles Marie l’organisateur du colloque du chapitre II pouvait-il bien se venger ?
Ce personnage n’avait rien de très sympathique : c’était un universitaire ambitieux comme il y en a tant. Il organisait sans cesse des journées d’études, aux frais de l’université, et auxquelles personne n’allait, hormis les quelques malheureux étudiants dont il dirigeait les travaux. Il adorait d’ailleurs les étudiantes de maîtrise. Il leur faisait croire à des publications, à des colloques et à des communications. Elles rêvaient et le prix du rêve était naturellement quelques nuits en compagnie de l’arriviste.
Mais pourquoi la vengeance ? Pour une insignifiante querelle de spécialiste ? Le jeune prétentieux n’était guère spécialiste qu’en plagiat et en organisation de pause café de colloque. Rien à voir avec le vieux qui lui était réellement une « pointure »… Non, la cause de cette vieille rancune, c’était une mauvaise note que le misanthrope intraitable avait donnée au jeune loup lors d’un oral d’agrégation.
Les vaniteux sont rancuniers : voilà des années que cet incident avait fait échouer Charles à ce concours. Depuis évidemment, il l’avait obtenu. Cependant il avait beaucoup ri lors de ce colloque. Et pour cet être vulgaire rien ne valait une bonne réjouissance…
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Lundi 23 avril 2007

CHAPITRE V

A cette époque-là, je ne faisais pas grand chose. J’étais à la fac, en doctorat de lettres. Je m’appliquais à faire concorder mes problèmes personnels avec des problèmes tout littéraires. Je n’étais nullement amoureuse de l’arriviste et j’admirais le grand professeur qui prendrait bientôt sa retraite, au grand soulagement des étudiants de DEUG, à qui il mettait invariablement des notes minables, en les plaignant d’avoir à subir les affres d’une Education Nationale de plus en plus laxiste et dont le niveau n’avait cessé de chuter depuis la Révolution française…ou au moins, depuis la minable révolution de 68.

Mes problèmes personnels étaient ceux de mon âge : une adéquation entre les sentiments et les pulsions que je refusais de subir.

Du point de vue lucide et éclairé de la morte que je suis désormais cela me semble d’une stupidité désespérante. Je m’obstinais à vouloir ce qui m’était inaccessible, de la façon la plus romantique et la plus grotesque qui soit. 

Je ressasse désormais de vieilles histoires de famille qui ont maintenant plus de deux siècles. Je pense que les caractères se forgent de génération en génération, que les choses sont en nous, depuis toujours. Je vois maintenant que mes descendants ont quelques choses de moi. Il est donc logique que j’ai moi-même hérité de mes ancêtres, qu’ils m’aient légué quelques tares (car ce sont les défauts qui sont les plus intéressants à étudier…)

Il faut bien occuper sa mort…D’ailleurs ces quelques histoires de famille, si l’on se débrouille bien, si l’on sait bien y ajouter quelques sentiments (bons ou mauvais) et un petit plus d’imagination, pourraient très bien faire un best-seller, un feuilleton télé, voir un film de cinéma…Il faudra que j’y songe…pour mes descendants, bien entendu !

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Mardi 24 avril 2007
CHAPITRE VI

Ces vieilles histoires d’un autre temps sont celles d’une famille déchue. Un vieil oncle fut capitaine dans la coloniale. Il avait fait l’Algérie, le Tonkin et l’Indochine. Il était revenu médaillé de la légion d’honneur, blessé de guerre, riche et syphilitique. 

Le fait qu’il fut syphilitique m’avait marqué. J’étudiais la littérature et, dans mon esprit étrangement conçu, puisque Baudelaire, Flaubert et quelques autres grands noms étaient infectés de cette maladie honteuse, il me semblait que c’était un peu une marque de qualité, comme un poinçon attestant de la culture et de la valeur d’un homme. Revenu d’Indochine, où il avait abandonné une femme et un enfant, il avait fait construire une nouvelle maison, il l’avait meublée et avait repris en main les affaires de sa famille qui allaient en dépérissant depuis que ses membres s’étaient battus pour de sordides histoires d’héritages. On en était venu aux mains parce que la Louise n’avait rien donné aux filles. Alors depuis on ne s’aimait plus, on se cherchait des crasses, on se tirait dessus à coup de fusil. Et l’Oncle du bout du monde était venu pour réparer les querelles de gros sous : il en apportait pas mal et il en donnait à tout le monde pour qu’on en parle plus. Ses frères et sœurs étaient alors un peu ses valets et il jouait à merveille le rôle du seigneur. Sa blessure et sa maladie l’empêchaient de travailler trop et il donnait les ordres avec talent. Il s’occupait des affaires communales en dissident, pariant à chaque fois qu’il ne serait pas élu, faisant partie de la droite bien pensante, anti-dreyfusard, habitant une commune de paysans rouges et analphabètes. Des rustres… 

Cette histoire familiale tournait en moi comme une idée fixe. Un siècle avait passé et je me sentais des racines chez cet oncle déraciné deux fois.

A ce moment là, le lecteur attentif et bienveillant se demande où le narrateur l’emmène. Il se dit, et c’est bien naturel, que ce narrateur-là, ne semble pas savoir lui-même où il va. Tout se mélange. Les souvenirs sont ainsi : ils vont à leur gré et parfois on a bien du mal à retrouver les liens. Il manque certaines connexions. Cependant, lecteur, écoute bien ce que cet esprit décousu te raconte : et n’oublie pas que c’est une voix d’outre-tombe qui te parvient. C’est peut-être pour cela qu’elle te semble si éloignée, si faible.

Oui mais quel rapport entre des professeurs d’université, un ancêtre syphilitique et une post-adolescente mal dans sa tête ? Peut-être tout cela a-t-il un lien, peut-être pas. Les événements d’une vie n’ont pas toujours de liens entre eux.

Plusieurs histoires, à partir de celles-ci sont imaginables. On peut tout avec un peu d’imagination. Mais la réalité souvent dépasse ce que l'invention humaine peut créer.

Mais cessons de réfléchir ainsi, à voix haute, pour mieux écouter cette voix faible et insistante, qui nous parvient des cieux avec tant de difficultés.

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Mercredi 25 avril 2007

CHAPITRE VII

En ce temps-là je laissais voguer mon esprit sur des musiques étranges et envoûtantes. La voix qui sortait de la radio m’expliquait qu’il s’agissait de chants en patois remixés par les plus grands et les plus branchés des DJ’s du moment. Notre époque recherchait ses racines, mais la modernité que l’on avait tellement mise en avant depuis une cinquantaine d’années faisait comme un mur qui nous empêchait de voir qui nous étions.

C’est pour cela que l’histoire du vieil oncle me plaisait. Je pensais déjà au roman post-moderne que je pourrais en tirer. Je rêvais d’être la créatrice du nouveau grand courant littéraire, qui révolutionnerait cet art, ouvrant le nouveau siècle, comme l’avaient fait le Romantisme et le Surréalisme.

Ce serait la littérature bio.

Bien entendu, ce serait en réaction, en ironie, en décalage. Ce serait Flaubert déclarant « Madame Bovary, c’est moi ! ». Il ne l’a jamais dit d’ailleurs, mais la formule est capitale, historique, fondatrice. Il me faudrait aussi un slogan, quelque chose de frappant, de publicitaire. C’était dans l’esprit de l’époque. Cela plairait autant au grand public qu’aux universitaires.

Je ferais alors des tours du monde, payée grassement, adulée partout, de colloques en colloques, répétant inlassablement la même communication bien rôdée, alternant grandes phrases et grands mots empruntés au langage universitaire et petites phrases et bons mots pour accrocher le public endormi de ces vaines grands-messes. 

Je pensais tout cela devant l’écran vacillant de mon ordinateur, peinant sur l’énième ébauche de roman que je ne finirai sans doute jamais, suant sang et eau sur ma thèse, harcelant mes amis de coup de fil, cherchant à me rassurer, persuadée de mon incapacité, de ma nullité, de ma lâcheté, de ma paresse et de mon infériorité. Je m’éparpillais. J’étais persuadée qu’il y a des aurores ressemblant à des crépuscules. Je m’imaginais morte et je cherchais à savoir qui me pleurerait le plus.

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Jeudi 26 avril 2007

CHAPITRE VIII

Parmi mes ancêtres, il n’y avait pas que des syphilitiques. Il y avait aussi un destin tragique. Un autre grand oncle, génie horloger, avait fabriqué une fabuleuse pendule, véritable œuvre d’art, présentant à chaque heure une figurine différente, une scène de la vie campagnarde, sortant tel le diable d’une boîte, en même temps que les tintements harmonieux des diverses cloches  sonnant les  moments de la journée…C’était une œuvre minutieuse, une œuvre de grande patience. C’était l’œuvre d’une vie, la passion d’une vie.  Il ne pensait qu’à ça, il ne parlait que de ça, il ne voyait sa vie que par rapport aux heures sonnées régulièrement par son horloge géniale…Pour orner la caisse de ce petit bijou, il avait imaginé une scène de ménage sculptée qui éclatait perpétuellement au rythme des secondes…

Quand il eut parfait son invention, mon oncle, convaincu de son succès futur, s’en allât à la ville pour y exposer son enfant. C’est alors que toute la bassesse de l’être humain, à laquelle il avait échappé  soigneusement alors qu’il confectionnait son invention, lui apparut, d’un seul coup.  

Un escroc voulut bien entendu lui racheter son concept, pour une somme dérisoire et bien sûr sans aucun droit de regard sur le devenir de sa machine…

L’oncle revint chez lui furieux et brisa son engin à coup de massue…

Il tomba alors en dépression, vidé de tout ce qui faisait sa vie…

Il se suicida à 34 ans.

Ce drame, quand on me le raconta, provoqua un choc terrible…Le travail bien fait, cet amour de la perfection détruit en si peu de temps cela me semble le plus terrible des sacrifices. J’avais ressenti exactement la même chose le jour où ma mère, lorsque j’étais entrée en classe de sixième, m’avait soigneusement tracé mon emploi du temps, de la façon la plus appliquée, remplie d’un amour maternel sans borne, comme il se doit…Je l’avais regardé faire avec une grande admiration. Le lendemain matin, notre professeur principale nous apprenait un remaniement total de cet emploi du temps…Le travail de ma maman était donc caduc. Je crois même que j’en avais pleuré de rage.

Les deux événements n’ont pas grand chose de comparables me direz-vous. Certes. Mais je les associe, car avec la distance, je me souviens qu’ils ont réveillé en moi le même sentiment d’injustice. Le plus étrange, c’est que les sentiments, même les plus forts, les plus révoltants, ne réussirent jamais à me pousser à l’action…Il arrivait le plus souvent le contraire : je restais là sans force, sans envie…A quoi bon faire…Les choses arrivent, voilà tout…

Je n’ai donc jamais eu, même à l’adolescence, l’envie de m’engager dans une ONG, de partir en Afrique pour sauver les enfants…J’avais d’ailleurs commencé un roman qui parodiait celles et ceux qui étaient pris de ces subites vocations humanitaires. Je peux, si vous voulez, vous le livrer : cela vous fera peut-être rire un peu…

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Vendredi 27 avril 2007
CHAPITRE IX

Il faudrait un titre à ce chapitre : mais je crois que j’avais trouvé déjà celui de cet embryon de roman que je vous livre. Il s’agit bien entendu d’écrits de jeunesse et je vous demande, cher lecteur, de pardonner la maladresse de ceux-ci.

IDYLLE DANS LE DESERT.
« CHAPITRE I

            Dans l’avion qui la ramenait de Kareh Maleh, Sandra n’avait pas touché à son plateau repas. Elle ne pouvait que penser à John, qui était resté là-bas et qui risquait sa vie chaque minute de son existence. Elle l’imaginait pris en otage par ces affreux guerriers Massaïs qui l’effrayaient tant. John, lui, n’avait pas peur. Il était si grand, si fort, si beau…Elle soupirait. Un homme comme ça n’était sans doute pas pour elle. C’est vrai, elle n’était qu’une bénévole, une de ces petites gamines idéalistes qui venaient dans l’humanitaire pour voir la misère du monde. Lui il était médecin du monde, c’était un héros en quelque sorte. Pourtant, elle pensait à lui. Mais il ne l’avait sans doute même pas remarqué. Il travaillait tant, il était si demandé. Et puis elle rentrait à Paris, elle allait retrouver Bernard, son ami. Elle ne pouvait pas le laisser tomber pour un rêve, aussi beau fut-il.

            Bernard était contrôleur à la RATP, il rentrait souvent très tard le soir et Sandra se sentait très seule. Elle se sentait incomprise et c’était pour cela qu’elle était partie. Il faut dire qu’elle en rêvait depuis toujours. Elle pensait qu’aider les gens dans le malheur, cela l’aiderait à supporter sa vie, qui lui semblait si lourde à porter. Elle venait juste de terminer ses études de psychologie quand elle décida de prendre un avion pour Kareh Maleh, un camp au beau milieu du désert subsaharien. Elle avait d’abord rêvé sur ce nom, sur la carte... mais la réalité l’avait vite rattrapée. Entourée de malades et de blessés son seul soutien avait été le sourire si franc de John. Et puis elle était tombée malade et elle était maintenant rapatriée. Elle allait retrouver la grisaille parisienne, le métro et la pollution. Elle allait se retrouver seule, avec Bernard toujours absent et qui la comprenait si mal.

            L’avion effectuait maintenant sa descente sur Orly et Sandra ne se sentait pas bien. Elle se réveilla à l’hôpital, entourée de médecins et d’infirmières. Encore mal remise de son malaise, elle crut reconnaître John, mais lorsqu’elle sortit totalement des brumes de son sommeil, elle ne vit que Bernard à ses côtés…Le rêve s’était encore une fois dissipé…

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Dimanche 29 avril 2007

CHAPITRE II

            Elle se disait qu’elle ne le reverrait jamais. Tout cet amour n’était que poussière, c’était le sable du désert, au moindre coup de vent, il s’envolerait. Et d’ailleurs n’était-elle pas heureuse avec Bernard ? 

            La vie quotidienne avait repris ses droits. Les journées lui semblaient si longues, si tristes, sans la peur, sans l’aventure…Quelle vie incroyable elle avait eu là-bas ! Que de fois tremblante d’émoi, elle avait rêvé de se lover dans les bras puissants de John !

            Quand Bernard rentrait du travail, il lui racontait ses éternelles histoires de resquilleurs, de provinciaux perdus dans le métro… Cela l’avait fait rire au début, et puis le temps passe, et tout ça l’avait lassée. Elle en était sûre maintenant, elle était faite pour une autre vie. Bientôt elle repartirait, elle rejoindrait John, et ils vivraient ensemble les magnifiques couchés de soleil du désert.

            Ce soir-là, Bernard rentra encore plus tard que d’habitude. Il avait pris de mauvaises habitudes durant l’absence de Sandra : il allait de plus en plus souvent boire un verre avec ses collègues, il rentrait éméché, fatigué, irritable… Sandra lui en fit la remarque :

            « - Tu as oublié que tu avais une petite amie ? osa-t-elle.

              - Laisse-moi tranquille ! Tu es partie pendant six mois et tu aurais voulu que je reste cloîtré pendant tout ce temps ? Et d’ailleurs qui me dit que tu ne m’as pas trompé, toi ? »

Ces propos injurieux étaient insoutenables. Sandra se mit à pleurer. Il la prit alors dans ses bras pour se faire pardonner. Il firent l’amour mais Sandra éprouva moins de plaisir que d’habitude. Quand Bernard s’endormit, elle resta encore longtemps, dans le noir, les yeux grands ouverts, ici, certes mais déjà partie, chevauchant un dromadaire, agrippée à John, pour aller sauver des vies.

Elle s’éveilla malheureusement aux côtés de ce corps qui ne lui inspirait plus rien, que du mépris et de l’indifférence. Bernard, lui souriait pourtant et c’était un homme très bien. Elle l’avait connu pendant des vacances à Bornéo, il y avait trois ans de cela maintenant. Il était alors un jeune garçon ambitieux et plein de vie. Il envisageait de monter une société d’informatique avec quelques-uns un de ses amis. C’était son regard clair et honnête qui avait séduit Sandra. Elle croyait en lui.

Son entreprise avait fait faillite et ses beaux projets aussi. Il était devenu agent de la RATP. Sandra l’avait suivit à Paris songeant qu’une nouvelle vie allait commencer. Elle pensait qu’il retrouverait le goût de l’aventure. Mais  la jeunesse ne dure qu’un temps ; il avait maintenant ses habitudes, sa routine et se complaisait ainsi.

 Il n’en était plus de même pour Sandra…   

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Il va sans dire (c'est mieux en le disant) que les mots mis dans la bouche de Notre Président ne sont que fiction inventée par mes soins dans le but anodin de vous faire sourire !!

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