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Il va sans dire (c'est mieux en le disant) que les mots mis dans la bouche de Notre Président ne sont que fiction inventée par mes soins dans le but anodin de vous faire sourire !!
Cette fois-ci ça ne pouvait plus durer ! Il fallait qu’elle reparte ! La vie parisienne ne lui convenait plus. Elle savait que c’était difficile aussi dans le désert, cependant, rien ne serait plus pénible que de supporter les journées entièrement seule, les soirées houleuses où Bernard rentrait tard, fatigué et sentant le tabac et l’alcool… Elle le soupçonnait de plus en plus d’avoir trouvé ailleurs l’amour qui avait disparu entre eux. Pourquoi restaient-ils encore ensemble ? Ils n’avaient pas encore fait le deuil de ce si bel amour, ils y avaient pourtant cru si fort… C’était comme une part d’eux-mêmes qu’il allait falloir laisser sur le bord du long chemin de la vie. Sandra pourtant savait qu’elle regretterait de moins en moins ce choix, elle savait que sa vie était ailleurs, aux côtés d’un autre homme.
Elle allait bien mieux maintenant. Comme si son corps avait deviné qu’elle allait repartir et qu’il lui faudrait des forces, elle s’était refait une belle santé…
Elle avait de l’argent aussi, suffisamment pour se payer un aller pour Dakar et de là-bas, un petit avion qui l’emmènerait jusqu’au camp. Elle se décida lorsqu’un soir Bernard ne rentra pas du tout…
Elle fit ses valises au petit matin, la gorge nouée, les joues trempées de larmes, ne répondant pas au téléphone qui hurlait, se disant que c’était sans doute Bernard qui venait piteux lui fournir une excuse ridicule pour lui expliquer sa nuit… Elle ne pouvait pas supporter cette humiliation supplémentaire.
Elle laissa ce mot pour Bernard sur la table du salon :
« Je t’aimais pourtant…mais tu n’as pas su le voir. Adieu. »
Elle ne savait pas que cela le soulagerait aussi. Depuis des semaines il ne savait comment faire pour lui annoncer qu’il voulait rompre et qu’il avait rencontré une autre femme, qu’il aimait et avec qui il allait se marier. Il chérissait Sandra comme une sœur et avait trop peur de la faire souffrir. Lui et Simone, sa nouvelle conquête, attendaient même un bébé. Son grand regret était le refus de Sandra d’avoir des enfants…Il avait enfin trouvé le bonheur avec Simone. Simone au moins n’avait jamais eu l’idée de partir en Afrique, et même, lorsqu’elle voyait un noir dans le métro, car elle aussi travaillait à la RATP, elle était plutôt méfiante…C’était une femme faite pour lui, il en avait eu l’intuition dès qu’il l’avait vue…A côté de cela Sandra lui paraissait désormais une évaporée, digne d’un amour de jeunesse, un bel amour, un tendre amour, mais pas un grand amour.
Sandra apprit par hasard quelques années plus tard que Simone et Bernard s’étaient séparés ; Bernard avait décidé de devenir une femme et Simone ne l’avait pas supporté, elle s’était jetée sous le métro…
« - Je ne céderai pas ! Je ne céderai pas ! » Voilà ce que se répétait sans cesse John. Cela depuis des mois, depuis que Samara était arrivée à Kareh Maleh. Samara était une belle brune au teint chaud. Elle était française d’origine martiniquaise et finissait ses études d’infirmière par ce stage dans le désert.
Bien sûr elle était tout de suite tombée amoureuse de John. Qui ne l’aurait pas aimé d’ailleurs ? Il était si beau et avait l’air si triste… Les femmes rêvaient toutes, en général, de le réconforter…
Les yeux verts de Samara, évidemment, n’avaient pas laissé le beau docteur insensible. Mais il avait décidé de rester fidèle à la mémoire de Barbara. Mais Samara, la charmeuse, exerçait sur John comme un charme venimeux. Ses beaux yeux verts lui apparaissaient en rêve et se substituaient à ceux de son épouse.
John d’ailleurs plaisait clairement à la belle des îles qui n’avait pas l’habitude d’attendre que les hommes viennent à elle. Elle le séduisait intentionnellement, ouvertement, et tout le camp était au courant. On lui avait pourtant expliqué que le « doc. » avait le cœur brisé et qu’il était en deuil de sa chère épouse disparue. On racontait cependant qu’un soir elle l’avait suivi dans sa case, vêtue comme les indigènes, d’un simple pagne et les seins nus et qu’elle lui avait presque sauté dessus.
John, héroïquement avait su résister à ce terrible assaut. Mais résisterait-il encore longtemps ? Car, après tout, il était un homme et les charmes indéniables de Samara ne le laissaient pas de glace…
Il avait le souvenir de Barbara pour seule arme. Et sa tristesse lui soufflait, tel Satan dans le désert torturant le fils de Dieu, de céder aux avances de ce corps magnifique qui, tous les soirs de fêtes, ondulait sensuellement pour lui au son des djambés. Son corps, le traître, lui soufflait des désirs tels qu’il ne pouvait plus dormir, tiraillé par l’image trop parfaite de cette déesse venue troubler sa solitude d’ascète.
Les nuits claires et froides du désert ne lui avaient jamais parues aussi longues que depuis ce triste jour où l’aéropostale lui avait apporté la lettre de Paris qui lui annonçait la mort de Barbara. Sa jeunesse avait définitivement disparu. Barbara était l’éternelle petite fille blonde et rieuse, d’abord compagne de jeu, puis la fiancée et enfin l’épouse de John. Tout cela s’était fait naturellement. Ils se connaissaient si bien. Ils étaient comme des frères et sœurs. Elle ne l’avait pourtant pas suivi dans son aventure africaine. Elle avait toujours eu la santé fragile. Maintenant qu’elle était morte, John pensait que rien ne le ferait revenir en Europe. Il finirait sa vie comme un ermite, reclus à jamais, tout entier consacré au souvenir de cet amour si grand, à cette passion indépassable qu’avait été pour lui Barbara.
Parfois, cependant, lorsqu’il voyait passer une belle africaine, ondoyante, luisante et tellement souriante, des désirs fous le prenaient. Mais jamais il ne cédait. La trace de Barbara était indélébile. Il passait des nuits d’insomniaque, il se tournait et se retournait vainement sur la paillasse spartiate de sa case. Il pleurait ; l’image de Barbara le hantait…
Quelle serait la femme qui lui ferait oublier cette reine ?
Au petit matin John, fatigué, se replongeait dans le travail pour oublier son désespoir.
CHAPITRE III
Kareh Maleh était l’endroit le plus triste de la terre. John n’en pouvait plus de devoir répondre à tous les maux du monde... Pourtant quel beau métier il faisait ! On ne cessait de lui répéter ! Il est vrai que ça en faisait rêver pas mal. Mais une fois sur le terrain, ils n’étaient plus beaucoup à rêver. La guerre, ça n’est pas un roman ! Quand il voyait arriver un de ces gamins utopistes, espérant un monde meilleur, il ne leur donnait pas huit jours pour retourner chez papa-maman... Et c’était souvent le cas. Certains avaient peur du sang et s’évanouissaient au moindre érythème fessier, d’autres ne supportaient pas de ne pouvoir se laver tous les jours, d’autres encore se croyaient des supers héros et lorsqu’ils se trouvaient en face d’un Massaï craquait lâchement et avaient tellement honte qu’ils reprenaient l’avion immédiatement.
Voilà trois ans que John supportait la guerre, les horreurs et les Massaï. Il était même parvenu à faire connaissance et à se faire accepter par les villageois. On l’appelait « le doc.» et il aimait plutôt ça…
Malgré cela il lui arrivait de regretter amèrement la belle carrière de médecin qu’il aurait pu faire à Sarreguemines, dans la clinique de son père. Au lieu de cela, il avait fait bêtement sa crise d’adolescence, comme tous ces petits jeunes dont il se moquait si souvent. Il était parti pour se révolter contre l’autorité parentale, pour refuser de se couler dans le moule…Il ne voulait plus être un « fils à papa »… Il ne devait qu’à lui d’être seul au milieu de nulle part pour soigner des fous qui s’entretuaient pour leurs maigres terres qui rapportaient si peu.
Mais il était si seul…
CC
Elle se disait qu’elle ne le reverrait jamais. Tout cet amour n’était que poussière, c’était le sable du désert, au moindre coup de vent, il s’envolerait. Et d’ailleurs n’était-elle pas heureuse avec Bernard ?
La vie quotidienne avait repris ses droits. Les journées lui semblaient si longues, si tristes, sans la peur, sans l’aventure…Quelle vie incroyable elle avait eu là-bas ! Que de fois tremblante d’émoi, elle avait rêvé de se lover dans les bras puissants de John !
Quand Bernard rentrait du travail, il lui racontait ses éternelles histoires de resquilleurs, de provinciaux perdus dans le métro… Cela l’avait fait rire au début, et puis le temps passe, et tout ça l’avait lassée. Elle en était sûre maintenant, elle était faite pour une autre vie. Bientôt elle repartirait, elle rejoindrait John, et ils vivraient ensemble les magnifiques couchés de soleil du désert.
Ce soir-là, Bernard rentra encore plus tard que d’habitude. Il avait pris de mauvaises habitudes durant l’absence de Sandra : il allait de plus en plus souvent boire un verre avec ses collègues, il rentrait éméché, fatigué, irritable… Sandra lui en fit la remarque :
« - Tu as oublié que tu avais une petite amie ? osa-t-elle.
- Laisse-moi tranquille ! Tu es partie pendant six mois et tu aurais voulu que je reste cloîtré pendant tout ce temps ? Et d’ailleurs qui me dit que tu ne m’as pas trompé, toi ? »
Ces propos injurieux étaient insoutenables. Sandra se mit à pleurer. Il la prit alors dans ses bras pour se faire pardonner. Il firent l’amour mais Sandra éprouva moins de plaisir que d’habitude. Quand Bernard s’endormit, elle resta encore longtemps, dans le noir, les yeux grands ouverts, ici, certes mais déjà partie, chevauchant un dromadaire, agrippée à John, pour aller sauver des vies.
Elle s’éveilla malheureusement aux côtés de ce corps qui ne lui inspirait plus rien, que du mépris et de l’indifférence. Bernard, lui souriait pourtant et c’était un homme très bien. Elle l’avait connu pendant des vacances à Bornéo, il y avait trois ans de cela maintenant. Il était alors un jeune garçon ambitieux et plein de vie. Il envisageait de monter une société d’informatique avec quelques-uns un de ses amis. C’était son regard clair et honnête qui avait séduit Sandra. Elle croyait en lui.
Son entreprise avait fait faillite et ses beaux projets aussi. Il était devenu agent de la RATP. Sandra l’avait suivit à Paris songeant qu’une nouvelle vie allait commencer. Elle pensait qu’il retrouverait le goût de l’aventure. Mais la jeunesse ne dure qu’un temps ; il avait maintenant ses habitudes, sa routine et se complaisait ainsi.
Il n’en était plus de même pour Sandra…
CC
Il faudrait un titre à ce chapitre : mais je crois que j’avais trouvé déjà celui de cet embryon de roman que je vous livre. Il s’agit bien entendu d’écrits de jeunesse et je vous demande, cher lecteur, de pardonner la maladresse de ceux-ci.
Dans l’avion qui la ramenait de Kareh Maleh, Sandra n’avait pas touché à son plateau repas. Elle ne pouvait que penser à John, qui était resté là-bas et qui risquait sa vie chaque minute de son existence. Elle l’imaginait pris en otage par ces affreux guerriers Massaïs qui l’effrayaient tant. John, lui, n’avait pas peur. Il était si grand, si fort, si beau…Elle soupirait. Un homme comme ça n’était sans doute pas pour elle. C’est vrai, elle n’était qu’une bénévole, une de ces petites gamines idéalistes qui venaient dans l’humanitaire pour voir la misère du monde. Lui il était médecin du monde, c’était un héros en quelque sorte. Pourtant, elle pensait à lui. Mais il ne l’avait sans doute même pas remarqué. Il travaillait tant, il était si demandé. Et puis elle rentrait à Paris, elle allait retrouver Bernard, son ami. Elle ne pouvait pas le laisser tomber pour un rêve, aussi beau fut-il.
Bernard était contrôleur à la RATP, il rentrait souvent très tard le soir et Sandra se sentait très seule. Elle se sentait incomprise et c’était pour cela qu’elle était partie. Il faut dire qu’elle en rêvait depuis toujours. Elle pensait qu’aider les gens dans le malheur, cela l’aiderait à supporter sa vie, qui lui semblait si lourde à porter. Elle venait juste de terminer ses études de psychologie quand elle décida de prendre un avion pour Kareh Maleh, un camp au beau milieu du désert subsaharien. Elle avait d’abord rêvé sur ce nom, sur la carte... mais la réalité l’avait vite rattrapée. Entourée de malades et de blessés son seul soutien avait été le sourire si franc de John. Et puis elle était tombée malade et elle était maintenant rapatriée. Elle allait retrouver la grisaille parisienne, le métro et la pollution. Elle allait se retrouver seule, avec Bernard toujours absent et qui la comprenait si mal.
L’avion effectuait maintenant sa descente sur Orly et Sandra ne se sentait pas bien. Elle se réveilla à l’hôpital, entourée de médecins et d’infirmières. Encore mal remise de son malaise, elle crut reconnaître John, mais lorsqu’elle sortit totalement des brumes de son sommeil, elle ne vit que Bernard à ses côtés…Le rêve s’était encore une fois dissipé…CHAPITRE VIII
Parmi mes ancêtres, il n’y avait pas que des syphilitiques. Il y avait aussi un destin tragique. Un autre grand oncle, génie horloger, avait fabriqué une fabuleuse pendule, véritable œuvre d’art, présentant à chaque heure une figurine différente, une scène de la vie campagnarde, sortant tel le diable d’une boîte, en même temps que les tintements harmonieux des diverses cloches sonnant les moments de la journée…C’était une œuvre minutieuse, une œuvre de grande patience. C’était l’œuvre d’une vie, la passion d’une vie. Il ne pensait qu’à ça, il ne parlait que de ça, il ne voyait sa vie que par rapport aux heures sonnées régulièrement par son horloge géniale…Pour orner la caisse de ce petit bijou, il avait imaginé une scène de ménage sculptée qui éclatait perpétuellement au rythme des secondes…
Quand il eut parfait son invention, mon oncle, convaincu de son succès futur, s’en allât à la ville pour y exposer son enfant. C’est alors que toute la bassesse de l’être humain, à laquelle il avait échappé soigneusement alors qu’il confectionnait son invention, lui apparut, d’un seul coup.
Un escroc voulut bien entendu lui racheter son concept, pour une somme dérisoire et bien sûr sans aucun droit de regard sur le devenir de sa machine…
L’oncle revint chez lui furieux et brisa son engin à coup de massue…
Il tomba alors en dépression, vidé de tout ce qui faisait sa vie…
Il se suicida à 34 ans.
Ce drame, quand on me le raconta, provoqua un choc terrible…Le travail bien fait, cet amour de la perfection détruit en si peu de temps cela me semble le plus terrible des sacrifices. J’avais ressenti exactement la même chose le jour où ma mère, lorsque j’étais entrée en classe de sixième, m’avait soigneusement tracé mon emploi du temps, de la façon la plus appliquée, remplie d’un amour maternel sans borne, comme il se doit…Je l’avais regardé faire avec une grande admiration. Le lendemain matin, notre professeur principale nous apprenait un remaniement total de cet emploi du temps…Le travail de ma maman était donc caduc. Je crois même que j’en avais pleuré de rage.
Les deux événements n’ont pas grand chose de comparables me direz-vous. Certes. Mais je les associe, car avec la distance, je me souviens qu’ils ont réveillé en moi le même sentiment d’injustice. Le plus étrange, c’est que les sentiments, même les plus forts, les plus révoltants, ne réussirent jamais à me pousser à l’action…Il arrivait le plus souvent le contraire : je restais là sans force, sans envie…A quoi bon faire…Les choses arrivent, voilà tout…
Je n’ai donc jamais eu, même à l’adolescence, l’envie de m’engager dans une ONG, de partir en Afrique pour sauver les enfants…J’avais d’ailleurs commencé un roman qui parodiait celles et ceux qui étaient pris de ces subites vocations humanitaires. Je peux, si vous voulez, vous le livrer : cela vous fera peut-être rire un peu…
CC
CHAPITRE VII
En ce temps-là je laissais voguer mon esprit sur des musiques étranges et envoûtantes. La voix qui sortait de la radio m’expliquait qu’il s’agissait de chants en patois remixés par les plus grands et les plus branchés des DJ’s du moment. Notre époque recherchait ses racines, mais la modernité que l’on avait tellement mise en avant depuis une cinquantaine d’années faisait comme un mur qui nous empêchait de voir qui nous étions.
C’est pour cela que l’histoire du vieil oncle me plaisait. Je pensais déjà au roman post-moderne que je pourrais en tirer. Je rêvais d’être la créatrice du nouveau grand courant littéraire, qui révolutionnerait cet art, ouvrant le nouveau siècle, comme l’avaient fait le Romantisme et le Surréalisme.
Ce serait la littérature bio.
Bien entendu, ce serait en réaction, en ironie, en décalage. Ce serait Flaubert déclarant « Madame Bovary, c’est moi ! ». Il ne l’a jamais dit d’ailleurs, mais la formule est capitale, historique, fondatrice. Il me faudrait aussi un slogan, quelque chose de frappant, de publicitaire. C’était dans l’esprit de l’époque. Cela plairait autant au grand public qu’aux universitaires.
Je ferais alors des tours du monde, payée grassement, adulée partout, de colloques en colloques, répétant inlassablement la même communication bien rôdée, alternant grandes phrases et grands mots empruntés au langage universitaire et petites phrases et bons mots pour accrocher le public endormi de ces vaines grands-messes.
Je pensais tout cela devant l’écran vacillant de mon ordinateur, peinant sur l’énième ébauche de roman que je ne finirai sans doute jamais, suant sang et eau sur ma thèse, harcelant mes amis de coup de fil, cherchant à me rassurer, persuadée de mon incapacité, de ma nullité, de ma lâcheté, de ma paresse et de mon infériorité. Je m’éparpillais. J’étais persuadée qu’il y a des aurores ressemblant à des crépuscules. Je m’imaginais morte et je cherchais à savoir qui me pleurerait le plus.
Vous dîtes ?