Rouen

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Flaubert, au travers du regard de Mme Bovary, écrivit ceci sur cette ville :

"Enfin, les maisons de briques se rapprochaient, la terre résonnait sous les roues, l'hirondelle glissait entre des jardins, où l'on apercevait par une clairevoie des statues, un vignot, des ifs taillés et une escarpolette. Puis, d'un seul coup d'œil, la ville (de Rouen) apparaissait. Descendant tout en amphithéâtre et noyée dans le brouillard, elle s'élargissait au-delà des ponts, confusément. La pleine campagne remontait ensuite d'un mouvement monotone, jusqu'à toucher au loin la base indécise du ciel pâle. Ainsi vu d'en haut, le paysage tout entier avait l'air immobile comme une peinture; les navires à l'ancre se tassaient dans un coin: le fleuve arrondissait sa courbe au pied des collines vertes, et les îles, de forme oblongue, semblaient sur l'eau de grands poissons noirs arrêtés. Les cheminées des usines poussaient d'immenses panaches bruns qui s'envolaient par le bout. On entendait le ronflement des fonderies avec le carillon clair des églises qui se dressaient dans la brume. Les arbres des boulevards, sans feuilles, faisaient des broussailles violettes, au milieu des maisons, et les toits, tout reluisants de pluie, miroitaient inégalement, selon la hauteur des quartiers . Parfois un coup de vent emportait les nuages vers la côte Sainte-Catherine, comme des flots aériens qui se brisaient en silence contre une falaise.

    Quelque chose de vertigineux se dégageait pour elle de ces existences amassées, et son coeur s'en gonflait abondamment, comme si les cent vingt mille âmes qui palpitaient là eussent envoyé toutes à la fois la vapeur des passions qu'elle leur supposait. Son amour s'agrandissait devant l'espace, et s'emplissait de tumulte aux bourdonnements vagues qui montaient. Elle le reversait au dehors, sur les places, sur les promenades, sur les rues, et la vieille cité normande s'étalait à ses yeux comme une capitale démesurée, comme une Babylone où elle entrait. Elle se penchait des deux mains par le vasistas, en humant la brise; les trois chevaux galopaient tandis que les bourgeois qui avaient passé la nuit au Bois-Guillaume descendaient la côte tranquillement dans leur petite voiture de famille."

Moi qui en reviens, après un week-end épuisant, j'avais cela en tête. J'avais aussi l'image d'une ville pleine de vieilles ruelles, autour de la cathédrale de Monet, pleine de maison à colombages, de placettes et de places toutes prêtes à accueillir le bûcher de Jeanne D'Arc. 

J'ai souvent une vision mythique des choses et des lieux. Mais finalement, le mythe rejoint souvent la réalité, surtout quand on est touriste ! 

Rouen est une ville superbe dans laquelle j'aurais aimé m'attarder plus...

CC

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