Terra
La visite chez le cardiologue n’a pas été convaincante : il n’a rien trouvé. Rythme cardiaque idéal, a-t-il dit. Tout de suite ou presque, il a remarqué que je ne fumais pas et que je faisais beaucoup d’exercice. Après m’avoir félicité pour ma conduite exemplaire, il m’a demandé pourquoi j’étais là, au juste.
Je lui ai expliqué mes nausées et mes démangeaisons, mes plaques rouges…
Il a pris un air grave et un ton que j’ai senti un peu sarcastique pour me faire comprendre que mon médecin traitant n’était pas bien malin et qu’il aurait pu m’envoyer chez un stomatologue pour mes nausées et chez un dermato pour ma peau…Qu’un cardiologue n’y pourrait pas grand-chose, de toute évidence.
Avec la nouvelle disposition sur le médecin traitant, il fallait que je retourne pourtant le voir, ce fichu médecin de famille qui suivait déjà ma mère, ma grand-mère et mon arrière-grand-mère. Je sais bien qu’il n’est pas le meilleur médecin du monde. Loin de là. Mais à la campagne, il faut souvent se contenter du médecin qui est le moins loin. A la ronde, c’est le plus près et le plus disponible, aussi. Il est tout le temps là quand on a besoin de lui. C’est une qualité admirable. Mais plus un jeune ne veut venir s’installer dans les coins de campagne trop reculés. C’est idiot parce que ces vieux médecins de campagne gagnent largement de quoi se payer des vacances aux Bahamas tous les ans...
Bref, il a fallu que j’y retourne, chez ce vieux grip’sous. Il a encore fait des plaisanteries idiotes et m’a demandé quand est-ce que j’allais me marier. Je sens bien qu’il ne me prend pas au sérieux. Il doit penser que si j’avais une femme pour me faire la cuisine, je mangerais mieux et qu’ainsi, je n’aurais pas de nausées. C’est vraiment ridicule, parce que la plupart du temps, le midi, je mange chez mes parents qui habitent tout près de l’exploitation. Ma mère fait la cuisine à merveille et utilise tous les produits de la ferme et du jardin. Des légumes et de la viande toujours de la plus grande fraîcheur. Elle tente le plus possible de cuisiner sans gras.
Et puis dans la famille, on cultive le goût, en quelque sorte. La bonne bouffe. Pas de Mac Do, chez nous. C’est même un peu un cheval de bataille de mes parents, le bien manger ! Alors ce n’est pas le soir chez moi que je vais me mettre à me faire des plats tout prêts au micro-onde. Il est vrai que je mange sans doute un peu plus gras que chez ma mère. Des œufs sur le plat, des sardines, un peu de charcuterie et des tomates, de la salade, du fromage et des fruits…
De temps en temps, aussi, il y a l’apéro avec des copains. Là, j’avoue que je bois un Ricard ou deux…Ou trois…Mais bon, j’ai trente trois ans, je suis en bonne forme apparemment, je ne vais pas me mettre à vivre comme un moine : j’aurais encore bien moins de chance de trouver une copine !
CC