Terra
A peine sortie de chez le docteur, je suis allé voir la veuve de Pierre. C’est une brave femme. Elle regrette de n’avoir pas plus profité de son mari tant qu’il était encore là…Ça m’a fait de la peine de la voir seule, comme un âme en peine. Elle m’a payé le café et on a discuté. Moi, je suis venu pour tenter d’en savoir plus sur la maladie de Pierre. Je ne voulais pas de détails sordides. Juste des explications précises. Evidemment, je ne lui ai pas présenté mon affaire comme ça. Je lui ai juste demandé quel médecin le suivait, dans quel service il était, à l’hôpital, les derniers temps. L’air de rien. Et ce que je voulais savoir est venu naturellement.
« - Il était suivi au service de cancérologie, bien sûr. Le médecin était bien. Très prévenant, toujours un mot gentil, un sourire. Très simple et très accessible. Le docteur Guichard. Evidemment tout au début de sa maladie, il était en pneumologie, parce qu’il faisait bronchite sur bronchite et qu’il n’arrivait pas à guérir. Il a même arrêté de fumer, tu te rends compte. Il aimait pourtant bien se rouler ses cigarettes…Pas beaucoup, hein, une ou deux par jour, en allant à la chasse ou aux champignons. Je sais bien que c’est comme ça, qu’on y peut rien, qu’il y a des gens qui fument comme des pompiers et qui meurent de leur belle mort à 80 ans. Mais Pierre, lui, il fumait presque pas et il est mort d’un cancer généralisé à 64 ans. Les poumons ont été touchés, bien sûr, mais pas que ça. C’était aussi l’estomac, les intestins…Enfin bref, des métastases partout. Un vrai carnage. Dans le fond, on ne sait pas d’où ça vient, cette maladie. C’est peut-être qu’un manque de chance. Ou alors, c’est une malédiction. Pourtant, moi, j’ai prié pour lui…Enfin, tu sais bien, mon Etienne… »
Une malédiction. Quand je suis sorti de chez cette femme désespérée, je me suis dit que si on se mettait à mélanger la religion à tout ça, on ne s’en sortirait pas… Mais c’est dans les mœurs de cette pauvre femme après tout. Je ne vais pas lui reprocher d’espérer et de croire…
CC