Puzzle

Publié le par CC

Elle allait se retrouver devant la dislocation, devant la dispersion de l’être humain. Elle allait se trouver confrontée à l’intégrité de son propre corps. Elle faisait parfois le rêve, ou plutôt le cauchemar, qu’elle perdait ses dents. Charlotte se réveillait alors en sueur, persuadée qu’elle n’avait plus de dents, qu’elle n’était plus tout à fait elle-même, plus tout à fait entière.
 
Dans la voiture qu’elle conduisait vers le fameux hangar du crime, elle essaya de penser à ce qu’elle devait faire : être professionnelle. Être sûre d’elle. Le paraître, au moins. Poser des questions efficaces, concises aux techniciens sur place. Se renseigner rapidement, faire le tour des lieux, se mettre dans la peau du tueur, n’avoir aucun a priori, tenter d’imaginer un ou deux scénarios.
 
Elle avait son petit carnet. Le patron se marrait quand il la voyait avec ça : un truc de débutante. Il faut tout avoir dans la tête. C’est la meilleure façon de faire. C’est dans la tête que ce fait l’alchimie.
 
Un truc de débutante. Oui, ça tombait bien, puisqu’elle débutait.
 
Les pneus de sa Clio de service crissèrent sur le parking en gravier du bâtiment en acier. Elle en fit d’abord le tour, à pied, les yeux partout, plus aux aguets qu’un chien de chasse. Elle nota sur son carnet : « Abords à fouiller : herbes hautes, déchets de toutes sortes, carcasse d’une camionnette. Parking en gravier : traces de pneus ? » Elle se doutait bien que la scientifique avait pensé à ces détails, mais elle ne voulait rien manquer.
 
Le hangar n’avait aucune fenêtre. Juste une grande porte coulissante à l’avant et une petite porte qui devait mener aux bureaux. Une enseigne passablement amochée portait l’inscription : « HOST AZ CHAUDRONN RIE » Il manquait des lettres. C’était sans doute Hostiaz, un nom très répandu dans la région. Il faudra aussi se renseigner sur le propriétaire de cette ruine industrielle.
 
Charlotte Parrot décida de rentrer dans le bâtiment par la petite porte. Dans son esprit, les crimes avaient eu lieu dans l’atelier. Elle repoussait inconsciemment le moment où elle tomberait sur le sang et les morceaux de chair éparpillés.  

CC
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F
Oui oui oui, la suite !!   :-)Ca me fait penser que je faisais aussi à une époque le rêve que je perdais mes dents et que je les mangeais.Je me rappelle que ça croustillait sous les gencives....Beurk, désolé.Bises.
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