Puzzle
Pousser la porte. Espérer qu’il n’y aura pas tout de suite les horreurs. Penser aux bagnoles volées. Se dire qu’on est mieux là, au grand air.
La porte grince. Au dernier moment, elle ferme les yeux. Finalement, les meurtres pourraient très bien avoir eu lieu dans les bureaux. Le patron avait dit qu’il y en avait partout…Elle se décida enfin.
Quand elle rouvrit les yeux, elle se trouvait plantée au milieu d’un ancien bureau crasseux, poussiéreux, délabré. Elle jeta un œil, rapidement. Elle ne cherchait rien encore. Mais elle voulait être attentive à tout. Sur son carnet, elle griffonna rapidement quelques mots. Des papiers traînaient sur le bureau : de vieilles factures et une pub pour un supermarché. Ce qui frappa l’esprit de Charlotte, c’est que ce papier semblait plus récent que le reste. Sans vraiment savoir pourquoi, elle décida de garder ce prospectus en tête. Sur son carnet, elle nota : « Pub papier glacé ? Hypermarché de la zone industrielle des Baraques construit en quelle année ? Chaudronnerie fermée quand ? »
Elle se sentait mieux. Plus sûre d’elle. Elle avait l’impression qu’elle assurait et que l’enquête serait du gâteau. Dans la région, on avait rarement des meurtres, quand même…
Elle poussa la porte coulissante qui donnait dans l’atelier. Ce qu’elle vit en premier, autour de la mare de sang, ce fut les agents de la police scientifiques, en combinaisons blanches entrain de s’activer pour récolter le plus de preuves possibles. Elle ne comprit pas tout de suite. Il y avait beaucoup de sang. De la chair aussi. Des morceaux de partout, des bouts à peine identifiables, à première vue. Des morceaux de viande, un peu comme dans une boucherie. Pas de membres reconnaissables : pas de pieds, de mains, ou de têtes. Rien qui permettait de s’identifier à ces cadavres. Simplement de la chair.
Cette première impression passée, elle réalisa. Elle fit un pas en arrière. Elle sentit son estomac se révolter. Elle résista. Elle respira à fond et pensa à son enquête. Rien qu’à ça.
Elle savait déjà, malgré tout son courage que cette scène de crime la poursuivrait longtemps.
CC