Puzzle
Elle repassa au bureau pour chercher rapidement l’adresse de ce fameux Hostiaz. Elle se dit qu’avec un peu de chance, il était toujours chaudronnier et donc, dans les pages jaunes.
Fabrice l’accompagna. Comme il se traînait sur une mince enquête autour de vol de bouteilles de vin dans les réserves des restos du coin et qu’il n’avançait pas, il se proposa pour l’enquête. Le patron savait que Charlotte était jeune, fragile et qu’elle aurait besoin d’aide. Il accepta immédiatement.
Les recherches dans l’annuaire furent aussitôt fructueuses : il y avait bien un Hostiaz, chaudronnier de son état, dans l’autre zone industrielle de la ville.
Ils décidèrent de s’y rendre immédiatement. Pas la peine de s’annoncer. Il valait mieux se réserver un effet de surprise. C’est dans ce moment infime qu’il faut être particulièrement attentif : essayer de lire dans les yeux du type s’il s’attendait à avoir de la visite, tenter de décrypter la réaction, voir s’il ment ou pas…
En arrivant devant le nouvel atelier de chaudronnerie, les enquêteurs comprirent tout de suite pourquoi l’ancien avait été abandonné. Là, c’était du grand, du moderne, du neuf. Pourtant l’économie locale n’était pas au beau fixe. Partout dans le secteur automobile, ça fermait, ça licenciait, ça restructurait. Ici, une entreprise comme ça travaillait forcément pour l’industrie auto. Il n’y avait que ça, de toute façon. Alors, ce clinquant, cette entrée digne d’une entreprise en communication, cette façade sans doute réalisée par un architecte jeune et ambitieux, d’emblée, c’était louche. Du moins, c’est ce que pensa Fabrice.
Charlotte se contenta de noter sur son carnet : « Il a gagné au loto, ce mec ? »
A l’accueil, il y avait une secrétaire qui téléphonait. Ce qui frappa immédiatement Charlotte, c’est qu’elle parlait en anglais. Ce n’était pas juste une entreprise locale de chaudronnerie à la botte du gros fabricant de voiturse qui faisait la pluie et le beau temps dans la région.
Quand elle eut raccroché, la secrétaire, Hélène, comme l’annonçait son badge, lança son plus beau sourire commercial aux deux agents de la force publique.
« - Que puis-je pour vous ? », lança-t-elle dans le joli langage fleuri des réceptionnistes…
« - Nous voudrions voir M. Hostiaz. »
« - Vous avez un rendez-vous... »
Ce n’était pas une question. Pour voir M. Hostiaz, il fallait avoir un rendez-vous.
« - Non. Nous n’aurons pas besoin de ça », coupa Fabrice en dégainant son badge.
La secrétaire décrocha immédiatement son téléphone pour prévenir son patron. Elle avait perdu son sourire.
Charlotte, prise d’un réflexe qu’elle ne pensait pas avoir, se pencha par-dessus le comptoir de l’accueil et, d’un geste de la main, raccrocha le téléphone.
« - Pas besoin de nous annoncer. Indiquez-nous juste son bureau, s’il vous plait. »
Elle tenait à lire dans ses yeux sa réaction.
« - C’est au dernier étage : prenez l’ascenseur, c’est à droite en sortant.
- Ne le prévenez pas », insista Charlotte.
Elle n’était pas sûre que la secrétaire obéirait. Après tout, elle n’en avait aucune obligation. Et si elle le faisait, elle se ferait taper sur les doigts ensuite, à coup sûr.
Une fois dans l’ascenseur, Fabrice eut un sifflement admiratif :
« - Punaise, j’aurais pas cru que tu avais autant de…d’autorité !
- Ouais, bon, ça va…Je veux juste conserver l’effet de surprise. J’espère qu’Hélène n’aura pas cafté…
- Ben, tu vois, vu comme tu lui as coupé la chique, ça m’étonnerait… »
Fabrice avait raison. Elle frappa à la porte du bureau et attendit à peine la première syllabe de la question « Qu’est-ce que c’est ? » pour rentrer.
CC