Terra

Publié le par CC

II

Moi, je suis agriculteur. J’ai de la chance parce que je fais partie d’un gros GAEC, un groupement d’agriculteurs, ce qui me permet d’avoir une vie normale. Du moins, j’ai des week-ends et des vacances. Pas seize semaines, comme les profs, non, bien sûr. Mais quand même trois semaines par an. Et deux week-ends sur trois. Pas pire qu’un médecin ou qu’une infirmière. Et puis je travaille dans la nature, en plein air, dans un coin magnifique de Savoie.

Du vert et du bleu. Et puis des bois, aussi : des lacs, des terres fertiles et de la forêt renommée pour ses champignons. En automne on voit des voitures qui viennent de partout. Les propriétaires de ces bois ne sont pas très pénibles ; En fait, la plupart ne savent même pas qu’ils ont des bois dans la région. Ou du moins, ils ne savent pas exactement où et ils vivent bien loin, à la ville…

C’est un coin paradisiaque. Tellement beau, même, que c’en est un peu exagéré : en une journée ensoleillée d’automne, on peut faire des vendanges et boire du vin doux, tout juste pressé, cueillir des champignons pour faire une omelette le soir, en profiter pour ramasser des châtaignes bien sûr (d’ailleurs, avec le vin bourru, c’est un délice, les châtaignes) et puis, s’il nous reste un peu de courage, on peut aller se balader sur le lac en bateau. En automne, c’est un écrin de couleurs fauves pour une perle bleue profonde. C’est encore un peu de la chaleur de l’été. C’est un paysage qu’il me faut à chaque fois réapprendre à observer, à aimer. A force de vivre avec la beauté, on la perd de vue. C’est bien parfois, de prendre le temps de flâner, pourtant.

C’est le rêve de vivre dans un cadre pareil. Ce qui fait qu’il y a même des mauvaises langues pour dire que je suis en vacances toute l’année, moi…Ce sont des citadins qui ont des maisons secondaires dans le village et qui viennent juste les week-ends. C’est vrai que le reste du temps, eux, ils ne voient la nature qu’en poster dans leur usine…

En vacances toute l’année, il ne faut pas exagérer, quand même. Certes il y a de bons côtés. Mais il ne faut pas oublier tout le reste. A trente trois ans, je suis toujours célibataire. C’était pas faute de sortir, de rencontrer des filles, mais agriculteur, il paraît que ce n’est pas sexy.

Je suis loin d’être vilain, pourtant, à ce qu’on dit. Costaud en plus et pas complètement idiot. Je suis fils d’agriculteur et j’ai une vraie culture paysanne, mais j’ai un diplôme d’ingénieur agronome. C’est indispensable de nos jours de faire des études pour être paysan. Ça paraît toujours invraisemblable aux gens. On voit des reportages hallucinants là-dessus au 13 heures de TF1 : des agriculteurs devant un ordinateur dernier cri, connectés à Internet, dans des bureaux équipés de fax, de scanner et de photocopieuse. Et le journaliste qui s’étonne, nostalgique « Il est bien loin le temps où nos grands-parents tirait le lait des vaches à la main et à la sueur de leur front… »

Quelles conneries on est capable de faire gober aux gars de la ville, c’est dingue. Moi, je sais bien qu’il vaut mieux savoir lire, écrire et compter pour remplir le dossier de la PAC, pour faire les déclarations des veaux par Internet et remplir les formulaires pour la MSA, pour serrer la pince au Préfet ou bien pour conduire les tracteurs de plus en plus bourrés d’électronique. Faut pas être la moitié d’un imbécile pour que ça tourne.

CC

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A
Bonjour et merci d'avoir demandé à intégrer ma communauté "l'écriture dans tous ses états". J'espère que tu y trouveras un espace de libre expression, de partage et de diffusion de tes écrits.<br /> Bonne continuation,<br /> Alaligne
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C
Bonjour !Merci pour l'accueil chaleureux ! J'ai déjà déposé quelques textes qui sont en fait le début de deux romans : Vanités et Terra.Je n'ai pas encore bien regardé comment fonctionne la communauté, mais il m'a semblé qu'on y trouve des choses très intéressantes, alors je suis ravie d'en faire partie !BisesCC