Vanités...

Publié le par CC

CHAPITRE VI

Ces vieilles histoires d’un autre temps sont celles d’une famille déchue. Un vieil oncle fut capitaine dans la coloniale. Il avait fait l’Algérie, le Tonkin et l’Indochine. Il était revenu médaillé de la légion d’honneur, blessé de guerre, riche et syphilitique. 

Le fait qu’il fut syphilitique m’avait marqué. J’étudiais la littérature et, dans mon esprit étrangement conçu, puisque Baudelaire, Flaubert et quelques autres grands noms étaient infectés de cette maladie honteuse, il me semblait que c’était un peu une marque de qualité, comme un poinçon attestant de la culture et de la valeur d’un homme. Revenu d’Indochine, où il avait abandonné une femme et un enfant, il avait fait construire une nouvelle maison, il l’avait meublée et avait repris en main les affaires de sa famille qui allaient en dépérissant depuis que ses membres s’étaient battus pour de sordides histoires d’héritages. On en était venu aux mains parce que la Louise n’avait rien donné aux filles. Alors depuis on ne s’aimait plus, on se cherchait des crasses, on se tirait dessus à coup de fusil. Et l’Oncle du bout du monde était venu pour réparer les querelles de gros sous : il en apportait pas mal et il en donnait à tout le monde pour qu’on en parle plus. Ses frères et sœurs étaient alors un peu ses valets et il jouait à merveille le rôle du seigneur. Sa blessure et sa maladie l’empêchaient de travailler trop et il donnait les ordres avec talent. Il s’occupait des affaires communales en dissident, pariant à chaque fois qu’il ne serait pas élu, faisant partie de la droite bien pensante, anti-dreyfusard, habitant une commune de paysans rouges et analphabètes. Des rustres… 

Cette histoire familiale tournait en moi comme une idée fixe. Un siècle avait passé et je me sentais des racines chez cet oncle déraciné deux fois.

A ce moment là, le lecteur attentif et bienveillant se demande où le narrateur l’emmène. Il se dit, et c’est bien naturel, que ce narrateur-là, ne semble pas savoir lui-même où il va. Tout se mélange. Les souvenirs sont ainsi : ils vont à leur gré et parfois on a bien du mal à retrouver les liens. Il manque certaines connexions. Cependant, lecteur, écoute bien ce que cet esprit décousu te raconte : et n’oublie pas que c’est une voix d’outre-tombe qui te parvient. C’est peut-être pour cela qu’elle te semble si éloignée, si faible.

Oui mais quel rapport entre des professeurs d’université, un ancêtre syphilitique et une post-adolescente mal dans sa tête ? Peut-être tout cela a-t-il un lien, peut-être pas. Les événements d’une vie n’ont pas toujours de liens entre eux.

Plusieurs histoires, à partir de celles-ci sont imaginables. On peut tout avec un peu d’imagination. Mais la réalité souvent dépasse ce que l'invention humaine peut créer.

Mais cessons de réfléchir ainsi, à voix haute, pour mieux écouter cette voix faible et insistante, qui nous parvient des cieux avec tant de difficultés.

CC
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C
Je publie là quelque chose que j'ai écrit il y a longtemps : quand je relis -tout dépend du temps ou de mon humeur- je vois un texte prétentieux et suffisant...Je vois des artifice grossiers, je vois un ton cynique et désabusé...<br /> Et aujourd'hui, comme il fait beau et que je vais bien, j'aime bien ce texte, en effet !<br /> Bises<br /> CC
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F
J'adore la deuxième partie du texte   ;-)<br /> <br /> Même si j'aime pas les cimetières...
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