Vanités...

Publié le par CC

CHAPITRE VII

En ce temps-là je laissais voguer mon esprit sur des musiques étranges et envoûtantes. La voix qui sortait de la radio m’expliquait qu’il s’agissait de chants en patois remixés par les plus grands et les plus branchés des DJ’s du moment. Notre époque recherchait ses racines, mais la modernité que l’on avait tellement mise en avant depuis une cinquantaine d’années faisait comme un mur qui nous empêchait de voir qui nous étions.

C’est pour cela que l’histoire du vieil oncle me plaisait. Je pensais déjà au roman post-moderne que je pourrais en tirer. Je rêvais d’être la créatrice du nouveau grand courant littéraire, qui révolutionnerait cet art, ouvrant le nouveau siècle, comme l’avaient fait le Romantisme et le Surréalisme.

Ce serait la littérature bio.

Bien entendu, ce serait en réaction, en ironie, en décalage. Ce serait Flaubert déclarant « Madame Bovary, c’est moi ! ». Il ne l’a jamais dit d’ailleurs, mais la formule est capitale, historique, fondatrice. Il me faudrait aussi un slogan, quelque chose de frappant, de publicitaire. C’était dans l’esprit de l’époque. Cela plairait autant au grand public qu’aux universitaires.

Je ferais alors des tours du monde, payée grassement, adulée partout, de colloques en colloques, répétant inlassablement la même communication bien rôdée, alternant grandes phrases et grands mots empruntés au langage universitaire et petites phrases et bons mots pour accrocher le public endormi de ces vaines grands-messes. 

Je pensais tout cela devant l’écran vacillant de mon ordinateur, peinant sur l’énième ébauche de roman que je ne finirai sans doute jamais, suant sang et eau sur ma thèse, harcelant mes amis de coup de fil, cherchant à me rassurer, persuadée de mon incapacité, de ma nullité, de ma lâcheté, de ma paresse et de mon infériorité. Je m’éparpillais. J’étais persuadée qu’il y a des aurores ressemblant à des crépuscules. Je m’imaginais morte et je cherchais à savoir qui me pleurerait le plus.

CC
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