Vanités...
CHAPITRE VII
Sandra avait donc regagné l’Afrique. On ne peut pas dire que Sandra avait été aidée par la chance. Tout s’était bien passé jusqu’à Dakar : le vol n’avait pas de retard, les hôtesses avaient été agréables et la nourriture était acceptable. Cela s’était gâté sur le vol irrégulier entre Dakar et Kareh Maleh : elle avait embarqué dans un vieux coucou, qui assurait la correspondance depuis des années, sans avoir jamais rencontré un mécanicien digne de ce nom. Le pilote débutait et ne possédait pas encore très bien son art. Sandra avait eu très peur et une boule dans la gorge ne lui inspirait rien de bon : elle avait un mauvais présage, qui se révéla exact. Après quelques minutes de vol à basse altitude, un des moteurs eut un problème, s’arrêta et prit de panique, l’aviateur novice sorti du cockpit en hurlant que l’avion allait se crasher. Evidemment, la carlingue laissée sans conducteur ne manqua pas de tomber, lamentablement, en plein milieu du désert…Sandra s’était évanouie, croyant sa dernière heure venue. Heureusement, l’avion volant à basse altitude, il y eut plus de peur que de mal.
Sandra s’éveilla après quelques minutes, couchée sur une civière, portée par des africains hilares : ce n’était pas demain la veille que Désiré, l’aviateur débutant, aurait son permis ! La Blanche, elle avait eu drôlement peur !
Ils l’emmenèrent au camp, ils lui firent boire de l’alcool de bambou et elle revint à elle. Elle reprit trois fois de ce délicieux breuvage et s’endormie comme un bébé.
Quand elle s’éveilla, elle demanda à voir le médecin, pressée de retrouver enfin John…Que sa déception fut vive lorsqu’elle vit venir à elle un homme d’une soixantaine d’années, barbu, coiffé d’un casque colonial, à l’allure bourru d’un vieil ours mal léché… Elle crut qu’elle allait à nouveau s’évanouir…John ne pouvait pas avoir changé à ce point !
« Bonjour ! », lui lança-t-il. « Je me présente, je m’appelle Henri, j’voudrais bien…dormir tranquille ! Qu’est-ce qu’il se passe encore ici ? » Sandra se mit à pleurer. Il changea alors d’attitude : « Veuillez m’excuser, madame…heu…mademoiselle…je suis un peu surmené en ce moment, je me suis emporté. Que puis-je faire pour vous ? »rectifia-t-il, en considérant de plus près le visage fort agréable de la nouvelle venue. Il fallut un peu de temps à Sandra pour se remettre de tout cela… Quand elle put prendre enfin la parole, elle se présenta, et dit qu’elle était prête à assumer immédiatement ses responsabilités. Henri fut alors ravi à la perspective de travailler avec cette jeune personne…
Henri était un vieux baroudeur solitaire. Il avait passé trente ans dans le désert, aidant les populations indigènes comme il le pouvait. Il raconta sa vie d’aventurier à Sandra, assis à la table de la case, un verre à la main, avec l’air désabusé de celui qui en a vu de toutes les couleurs…
Sandra, bien sûr ne s’attendait pas du tout à cela. Elle avait tellement espéré retrouver John. Des questions se bousculaient dans sa tête : que lui était-il arrivé ? Elle savait qu’il était déprimé à cause de la mort de son épouse adorée, peut-être avait-il fait une bêtise ? Ou, pire, était-il tombé amoureux d’une autre femme avec laquelle il était parti ?
Elle n’écoutait pas vraiment l’histoire de Henri : cependant sa voix lui était agréable et, grâce à l’alcool, qui lui montait à la tête, elle se sentait de mieux en mieux, légère et plus libre que jamais. Elle aurait voulu faire l’amour. C’est alors qu’Henri, possédé du même désir la prit doucement dans ses bras et l’étreint tendrement. Ce n’était pas le grand amour mais c’était une douceur inespérée dans ce monde si dur. Ils s’endormirent l’un contre l’autre, et ne se réveillèrent qu’après plusieurs heures d’un sommeil lourd et agité.
Ils entendirent des cris au dehors. Il fallait fuir : les guerriers Massaï étaient de retour…
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